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À La Réunion, la place du créole à l’école ravive le débat sur la politique linguistique
Pour l’année scolaire 2025-2026, Crochet avance que 1 250 élèves, soit seulement 1,08 % des effectifs du premier degré, étaient scolarisés dans des classes bilingues, alors que le créole est parlé par une large partie de la population réunionnaise
 

(AfriquesPlus) - Dans un billet publié le 17 août 2026 sur le Club de Mediapart, Michaël Crochet interpelle le recteur de La Réunion et les membres du Conseil académique des langues régionales sur la place accordée au créole réunionnais dans le système éducatif. L’auteur, qui annonce par ailleurs sa démission du Conseil académique, dénonce une politique qu’il juge insuffisamment ambitieuse et qui, selon lui, privilégierait un plurilinguisme de façade au détriment d’un véritable bilinguisme créole-français.

Son principal argument repose sur le faible nombre d’élèves bénéficiant d’un enseignement bilingue. Pour l’année scolaire 2025-2026, Crochet avance que 1 250 élèves, soit seulement 1,08 % des effectifs du premier degré, étaient scolarisés dans des classes bilingues, alors que le créole est parlé par une large partie de la population réunionnaise. Il estime que cette situation contraste avec les orientations formulées depuis le début des années 2000 en faveur d’un enseignement plus structuré du créole dès la maternelle et l’école élémentaire.

L’auteur critique particulièrement le Projet stratégique académique 2025-2029, dont l’Action 23 prévoit de poursuivre la valorisation du créole dans les établissements scolaires. À ses yeux, cette formulation réduit la langue réunionnaise à un outil de contextualisation des apprentissages et ne lui accorde pas le statut d’une véritable langue d’enseignement. Il reproche également au rectorat de privilégier désormais une approche fondée sur le plurilinguisme et l’apprentissage de plusieurs langues, sans avoir préalablement consolidé le bilinguisme créole-français.

Crochet s’appuie notamment sur un rapport de l’Inspection générale publié en 2020, qui préconisait de dépasser une approche essentiellement culturelle ou patrimoniale des langues régionales pour développer des enseignements linguistiques à part entière. Il rappelle également les travaux et orientations institutionnelles antérieurs qui faisaient du bilinguisme un levier potentiel de réussite scolaire et de construction personnelle des élèves.

Au-delà de la question pédagogique, le texte prend une dimension politique. Michaël Crochet accuse l’institution académique de maintenir une hiérarchie entre le français et le créole et dénonce une orientation qu’il qualifie de « néocoloniale ». Il considère que la politique linguistique actuelle ne prendrait pas suffisamment en compte l’identité réunionnaise, son histoire et son inscription dans l’espace indianocéanique.

Face à cette situation, l’auteur appelle à faire du PELCR/PLNZ, son projet de plan pour l’enseignement de la langue, de la culture et de l’histoire réunionnaises, le cadre de référence officiel pour cet enseignement. Il réclame également la création d’une commission d’expertise indépendante chargée d’évaluer la politique linguistique menée par l’académie, avec la participation de spécialistes des langues, des droits humains et des institutions nationales et européennes.

À travers cette lettre ouverte, Crochet entend donc relancer le débat sur le statut du créole dans l’école réunionnaise. Pour lui, l’enjeu dépasse l’apprentissage d’une langue : il concerne la reconnaissance de l’histoire, de l’identité et de la dignité culturelle de La Réunion au sein de l’école de la République.

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