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Haïti, reconstruire la nation par la justice et la participation citoyenne
Haïti ne pourra reconstruire une véritable conscience nationale sans rétablir la confiance dans ses institutions
 

(AfriquesPlus) - L’abstention et le retrait de la vie politique n’ont, jusqu’ici, pas permis de faire reculer les élites ni l’impunité en Haïti. C’est l’un des principaux constats formulés par l’enseignant, promoteur culturel et analyste Aly Acacia dans une tribune publiée le 18 août 2026 par AlterPresse. L’auteur appelle à rompre avec la logique de la « chaise vide » et à reconstruire un pacte national autour de la justice, de la participation et de la responsabilité publique.

Aly Acacia s’appuie notamment sur deux interventions de Dominique Dupuy le 14 août. La première concerne son inscription sur les listes électorales au Cap-Haïtien et son appel à participer au processus électoral, alors que l’insécurité empêche encore les habitants de certaines zones de l’Ouest de s’inscrire. Pour l’auteur, cette démarche rappelle que la participation politique reste un moyen d’occuper l’espace laissé vacant par le retrait des citoyens.

La seconde intervention de Dominique Dupuy porte sur les relations internationales. Interrogée sur l’éventualité de privilégier la Chine aux États-Unis comme partenaire d’Haïti, elle aurait, selon Aly Acacia, déplacé le débat vers une question plus fondamentale : la capacité du pays à renforcer sa propre souveraineté et ses institutions avant de choisir ses alliances extérieures.

Cette réflexion conduit l’auteur à questionner la solidité de la nation haïtienne. Le pays dispose d’une histoire, d’une culture et d’une identité communes, mais reste profondément traversé par des clivages sociaux et économiques. Les oppositions entre classes, entre territoires, entre diaspora et population de l’intérieur ou encore entre groupes sociaux auraient empêché, selon lui, l’émergence d’un sentiment suffisamment fort de destin commun.

Pour expliquer cette fragilité, Aly Acacia insiste sur le poids de l’impunité. Il voit dans l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines et l’absence de véritable justice un symbole fondateur d’un système dans lequel les crimes politiques peuvent rester sans conséquences. Cette logique se serait ensuite prolongée à travers l’absence de poursuites dans plusieurs affaires de massacres, de détournements de fonds et d’assassinats.

Dans cette perspective, Pont-Rouge représente davantage qu’un épisode historique : il devient le symbole de l’assassinat politique, de la trahison et de l’impunité. À l’inverse, le Bois-Caïman évoqué par Dominique Dupuy représente, pour l’auteur, la possibilité d’un nouveau pacte entre les citoyens.

Aly Acacia établit également un lien direct entre l’impunité et la crise de confiance envers les institutions. Lorsque les citoyens constatent que les responsables politiques ou économiques peuvent échapper à la justice, la participation électorale perd de sa crédibilité. L’auteur considère ainsi que le désengagement des électeurs ne profite pas nécessairement à la population : il peut au contraire laisser davantage d’espace aux groupes déjà capables d’influencer le pouvoir.

La tribune critique dans le même temps un nationalisme centré sur la dénonciation de l’étranger. Pour Aly Acacia, les discours sur la souveraineté perdent leur portée lorsqu’ils ne s’accompagnent pas d’une volonté de renforcer l’État de droit à l’intérieur du pays. Revendiquer l’indépendance face aux puissances étrangères tout en refusant une justice capable de sanctionner les puissants constitue, selon lui, une contradiction majeure.

L’auteur estime que la reconstruction nationale doit donc s’appuyer sur plusieurs institutions structurantes. Il cite notamment l’école, pour transmettre une histoire commune, mais aussi les mécanismes permettant aux citoyens de partager des expériences collectives. Surtout, il place la justice au centre du processus : sans elle, la sécurité, le dialogue politique ou les réformes institutionnelles resteraient insuffisants.

Pour Aly Acacia, l’enjeu n’est donc pas simplement de restaurer l’ordre ou d’organiser de nouvelles élections. Il s’agit de créer un système dans lequel les mêmes règles s’appliquent aux dirigeants, aux entrepreneurs comme aux citoyens ordinaires. La justice devient ainsi le fondement d’un nouveau contrat social.

C’est dans ce sens qu’il interprète l’idée d’un « deuxième Bois-Caïman ». Il ne s’agirait pas de reproduire un événement historique, mais de construire un nouvel engagement collectif autour de principes communs : participation citoyenne, responsabilité des dirigeants, égalité devant la loi et restauration de la dignité nationale.

La conclusion de la tribune est claire : Haïti ne pourra reconstruire une véritable conscience nationale sans rétablir la confiance dans ses institutions. Pour l’auteur, cela suppose de participer au processus politique, d’exiger que les crimes soient jugés et de faire de la justice non plus une promesse, mais l’un des fondements du projet national.

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