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Nigeria : vers la fin de la prison pour les personnes ayant tenté de se suicider ?
Le gouvernement entend privilégier une approche de santé publique face à un phénomène qui touche des centaines de milliers de personnes chaque année, dans un pays confronté à une pénurie criante de professionnels de la santé mentale.
 

Le Nigeria envisage de dépénaliser les tentatives de suicide, une réforme qui marquerait une rupture avec une législation héritée de l’époque coloniale. Le gouvernement entend privilégier une approche de santé publique face à un phénomène qui touche des centaines de milliers de personnes chaque année, dans un pays confronté à une pénurie criante de professionnels de la santé mentale.

 Un projet de loi pour changer la loi

Le ministre nigérian de la Santé a annoncé mercredi qu’un projet de loi visant à dépénaliser les tentatives de suicide sera soumis à l’Assemblée nationale.

Actuellement, le Code pénal nigérian prévoit une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement pour une personne ayant tenté de mettre fin à ses jours. Cette disposition, héritée de la période coloniale, est aujourd’hui remise en question par les autorités.

Pour le gouvernement, punir une personne qui a tenté de se suicider n’est pas compatible avec une approche moderne de la santé mentale.

 Une criminalisation jugée contre-productive

Les autorités nigérianes estiment que le maintien de sanctions pénales contribue à renforcer la stigmatisation des personnes confrontées à des problèmes de santé mentale.

Plutôt que de considérer la tentative de suicide comme une infraction, le gouvernement souhaite donc l’aborder comme un problème nécessitant une prise en charge médicale et psychologique.

Cette évolution traduirait un changement important de philosophie : passer d’une logique essentiellement punitive à une logique davantage centrée sur l’accompagnement, les soins et la prévention.

 Un phénomène d’une ampleur préoccupante

Selon les données de l’Organisation mondiale de la Santé rapportées par les autorités nigérianes, le pays enregistrerait environ 300 000 tentatives de suicide par an, pour au moins 7 000 décès.

Ces chiffres témoignent de l’ampleur du défi auquel est confronté le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique.

La situation est d’autant plus préoccupante que les capacités de prise en charge restent très limitées.

 Moins de 1 000 psychiatres pour plus de 200 millions d’habitants

Le Nigeria souffre en effet d’une importante pénurie de professionnels spécialisés en santé mentale.

Selon les chiffres de l’Association des psychiatres du Nigeria datant de 2024, le pays compte moins de 1 000 psychiatres pour une population dépassant les 200 millions d’habitants.

Cette faiblesse des ressources médicales complique considérablement la prévention, le diagnostic et la prise en charge des personnes en détresse psychologique.

La dépénalisation pourrait ainsi constituer, pour les autorités, une première étape vers une meilleure intégration des questions de santé mentale dans les politiques publiques.

 Une réforme qui pourrait changer le regard sur la santé mentale

Derrière la réforme juridique se trouve donc un enjeu beaucoup plus large : celui du regard porté par la société sur le suicide et les personnes qui y sont confrontées.

La peur d’être arrêtée ou emprisonnée peut notamment décourager certaines personnes ou leurs proches de rechercher de l’aide. En supprimant la menace pénale, les autorités espèrent favoriser une prise en charge plus précoce.

 Un débat désormais entre les mains du Parlement

Le projet de loi annoncé par le ministre devra désormais être examiné par l’Assemblée nationale nigériane.

Son adoption ouvrirait la voie à une évolution importante de la législation du pays et consacrerait une approche davantage orientée vers la santé publique.

Au Nigeria, le débat sur la dépénalisation des tentatives de suicide révèle ainsi une urgence plus profonde : celle de renforcer massivement les services de santé mentale dans un pays où le nombre de personnes en détresse dépasse largement les capacités actuelles de prise en charge.

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