(AfriquePlus) - À moins d’un an de la présidentielle kényane du 10 août 2027, le recours à des « goons » — des jeunes hommes payés pour sécuriser des responsables politiques ou semer le désordre chez leurs adversaires — suscite une inquiétude croissante. À Homa Bay, dans l’ouest du pays, un rassemblement de l’opposition a été attaqué le 16 août par des groupes armés de bâtons et de machettes, rapporte Le Monde dans un article d’Albane Thirouard publié le 19 août 2026.
Le rassemblement du mouvement d’opposition Linda Mwananchi, organisé dimanche 16 août à Homa Bay, a été marqué par des scènes de violence. Dès le matin, des groupes d’hommes munis de bâtons et de machettes ont circulé dans la ville, agressant des passants et bloquant plusieurs axes routiers, selon Le Monde.
À la mi-juillet, des électeurs et des journalistes avaient été pris pour cibles pendant une élection partielle à Ol Kalou, à environ 150 kilomètres au nord de Nairobi. En juin, des « goons » avaient également perturbé une rencontre de la société civile à la cathédrale All Saints de Nairobi, consacrée à l’analyse du nouveau budget gouvernemental.
Alex — un prénom modifié à sa demande — affirme exercer cette activité depuis cinq ans. Ce trentenaire de Riruta, un quartier populaire de Nairobi, rêve d’ouvrir son propre salon de coiffure, mais explique se tourner vers ces missions faute de moyens, relate le quotidien français.
Il dit être régulièrement sollicité pour aller « créer du chaos » lors de meetings politiques : casser des véhicules, tabasser des participants et intimider des rassemblements adverses. Les équipes se déplacent le visage couvert ; le transport est pris en charge, des gourdins peuvent être fournis et de l’alcool est distribué avant les opérations, selon son témoignage.
« Il faut en prendre une certaine quantité pour arriver à un point où on se sent capable de faire des choses folles », confie-t-il. Père de deux enfants, il assure que ce travail permet de nourrir sa famille, tout en reconnaissant éprouver parfois de la culpabilité à son retour chez lui.
Une étude conduite en 2025 par le centre de recherche Odipo Dev et l’ONG Tribeless Youth indique que les jeunes recrutés comme « goons » perçoivent entre 500 et 2 000 shillings kényans par jour, soit environ 3 à 13 euros. Les donneurs d’ordre peuvent être des conseillers locaux, des députés, des gouverneurs ou des hommes d’affaires ; ils passent le plus souvent par des intermédiaires et règlent en espèces, précise Le Monde.
Les missions ne se limitent pas aux attaques contre les réunions adverses. Ces hommes de main peuvent aussi être mobilisés pour gonfler les foules lors d’un meeting, créer des troubles pendant une manifestation ou participer à des opérations de saisie de terres.
Darius Okolla, chercheur à Odipo Dev, estime que les politiques sont souvent les seuls modèles de réussite identifiés par ces jeunes. Il explique aussi que certains responsables recruteraient ces groupes parce qu’ils considèrent ne pas être suffisamment protégés par les services de sécurité de l’État lors de leurs déplacements et activités politiques.