Skip to main content
Guinée-Bissau, le meurtre de Vigario Balanta plonge l’opposition dans la clandestinité
Depuis la disparition de l'activiste, les militants de Po’ di Terra limitent leurs apparitions et privilégient les communications sécurisées. Dans un pays sous régime militaire, la peur des représailles gagne une opposition fragilisée par les arrestations
 

(AfriquesPlus) - La mort de Vigario Luis Balanta, militant politique et figure de la scène rap, a profondément marqué l’opposition bissau-guinéenne. Depuis son assassinat en mars, les responsables du mouvement qu’il avait fondé ont réduit leurs apparitions publiques et privilégient désormais les échanges clandestins, dans un pays dirigé par les militaires depuis le coup d’État de novembre 2025. Âgé de 32 ans au moment de sa mort, Balanta avait été retrouvé mort, après avoir été violemment battu, dans un champ à la périphérie de la capitale.

Dans un article publié le 21 août 2026, Reuters raconte comment cette disparition a bouleversé le mouvement politique Po’ di Terra, fondé par Balanta en 2023. Le reportage est signé Jessica Donati et Alberto Dabo, avec des informations complémentaires fournies par la rédaction de Reuters en Guinée-Bissau.

Quelques mois avant sa mort, l’épouse de Balanta, Dulce, lui demandait régulièrement de se faire discret. Elle redoutait qu’il ne soit pris pour cible en raison de ses prises de position publiques. Le soir de sa disparition, elle pensait qu’il s’était réfugié chez des amis ou avait été arrêté. Le lendemain, inquiète de ne plus parvenir à le joindre, elle s’est rendue à l’hôpital où elle a découvert son corps.

Le mouvement Po’ di Terra accuse le gouvernement dirigé par les militaires d’avoir protégé les auteurs du meurtre. Les autorités, de leur côté, ont condamné l’assassinat et affirmé qu’une enquête était en cours, refusant de commenter davantage avant son achèvement.

Le meurtre intervient dans un contexte de forte répression politique depuis la prise de pouvoir de l’armée en novembre 2025, intervenue la veille de la publication des résultats d’une élection présidentielle. Les nouvelles autorités ont renforcé leur contrôle sur la vie publique, procédé à des arrestations d’opposants et limité les activités des médias et les manifestations.

Balanta avait pourtant continué à dénoncer publiquement la situation. À travers ses chansons et ses interventions, il évoquait notamment la pauvreté, le manque de perspectives pour la jeunesse et l’instabilité politique chronique du pays. « Il était le seul à avoir le courage et l’audace de parler ouvertement des questions politiques et sociales », témoigne dans le reportage de Reuters Emilio Lima Betungut, un ami d’enfance et membre de Po’ di Terra.

Après sa mort, des artistes bissau-guinéens et de la diaspora ont multiplié les hommages musicaux. Certains producteurs de radio ont toutefois confié à Reuters qu’ils estimaient trop risqué de diffuser ses chansons ou des morceaux lui rendant hommage, signe du climat de peur qui s’est installé autour de son héritage politique.

Le mouvement n’a pas pour autant disparu. Son nouveau dirigeant, Nado da Cunha, installé au Brésil, coordonne un cercle restreint d’une vingtaine de membres, dont la majorité se trouve en Guinée-Bissau. Les responsables communiquent à travers des canaux chiffrés et cherchent à maintenir l’organisation active tout en limitant les risques pour leurs membres.

Po’ di Terra revendique désormais un objectif plus large : mobiliser la population, estimée à environ deux millions d’habitants, autour des libertés politiques et de l’État de droit. Ses dirigeants affirment vouloir poursuivre le combat engagé par Balanta, malgré les menaces.

Cette mobilisation intervient alors que les autorités militaires annoncent la tenue d’un référendum constitutionnel le 30 août, suivi d’élections générales le 6 décembre 2026. L’opposition demeure sceptique face au processus politique engagé par les militaires.

Le candidat de l’opposition à la présidentielle, Fernando Dias, est lui aussi rentré en Guinée-Bissau malgré les craintes pour sa sécurité. Il a déclaré à Reuters qu’il ne se sentait pas en sécurité et que ses partisans faisaient l’objet de restrictions, tout en affirmant vouloir poursuivre son combat politique.

Le contexte reste également marqué par la détention de Domingos Simões Pereira, ancien Premier ministre et figure majeure de l’opposition. En juillet, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avait demandé au pouvoir bissau-guinéen la libération sans condition des responsables politiques détenus, estimant que leur remise en liberté contribuerait à la crédibilité du processus de transition.

Pour les proches de Balanta, son assassinat ne doit toutefois pas signifier la fin du mouvement. Nado da Cunha affirme que le rappeur savait qu’il pouvait être assassiné et avait demandé à ses compagnons de poursuivre la lutte s’il venait à disparaître. Son héritage se retrouve désormais au cœur d’une opposition qui tente de s’organiser à distance et dans la clandestinité, dans l’espoir de rompre avec le cycle des coups d’État et des violences qui marque la Guinée-Bissau depuis son indépendance du Portugal en 1974.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
ID
509
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3