(AfriquePlus) - Première femme avocate du Cameroun francophone, Alice Nkom, 81 ans, a accepté de revenir sur cinq décennies de vie publique camerounaise dans un entretien diffusé sur YouTube et animé par Valère Belias. Née en 1945, elle a connu tour à tour l'époque coloniale, la présidence d'Ahmadou Ahidjo et celle de Paul Biya, au pouvoir depuis un demi-siècle.
Avocate de formation, Me Nkom insiste sur son respect strict des règles et des lois, qu'elle présente comme le socle de toute action publique légitime. Elle se dit néanmoins libre de toute contrainte partisane, précisant n'avoir jamais occupé de fonction officielle si ce n'est, à ses débuts, une nomination administrative liée à l'absence de barreau structuré au Cameroun des années 1970.
C'est à l'aune de ce cadre légaliste qu'elle évalue les deux chefs d'État qu'elle a connus. Elle décrit Ahmadou Ahidjo comme un homme « pointilleux sur les vraies valeurs humaines », relatant une anecdote personnelle. En 1971, le président l'aurait fait accompagner personnellement pour sa participation à une conférence internationale de juristes à Tunis, allant jusqu'à faire adapter son passeport aux usages locaux. Un souvenir qu'elle oppose frontalement au bilan de Paul Biya, qu'elle juge indifférent au sort du pays après 50 ans de pouvoir.
L'avocate ne mâche pas ses mots sur la dernière présidentielle camerounaise, affirmant sans détour croire à la victoire d'Issa Tchiroma Bakary et accusant le pouvoir en place de manipulation des résultats. Elle relate également l'incendie répété de la maison familiale durant son enfance, en lien avec l'engagement de son père pendant la période des mouvements indépendantistes, ainsi que les menaces de mort dont elle affirme faire l'objet aujourd'hui, qu'elle dit ignorer délibérément.
Sur la colonisation, elle refuse toute nuance complaisante, la qualifiant de « nécessité douloureuse » plutôt que d'expérience positive, tout en soulignant que les pratiques féodales persistant aujourd'hui au Cameroun démontrent que l'oppression ne se limite pas à l'histoire coloniale.