(AfriquesPlus) - Deux anciens combattants russes du groupe Wagner, capturés lors des combats de Tinzawatène en juillet 2024, ont été libérés après plus de deux ans de captivité. Leur libération, intervenue le 20 août, aurait été facilitée par Saddam Haftar, commandant en chef adjoint des forces de l’Est libyen, selon l’Africa Corps. L’Agence de Presse Africaine (APAnews) a rapporté cette libération dans un article publié le 22 août 2026. L’agence précise que l’Africa Corps, structure relevant du ministère russe de la Défense et ayant pris le relais de Wagner dans plusieurs opérations au Mali, a confirmé la libération des deux hommes.
D’après un communiqué russe cité par APAnews, les deux hommes étaient d’anciens membres de la société militaire privée Wagner. Leur libération serait le résultat de « longues et complexes négociations » menées par la Direction principale de l’état-major général des forces armées russes et l’Africa Corps, avec la « médiation active » de Saddam Haftar.
Moscou n’a toutefois donné aucune précision sur l’identité des deux anciens combattants, leur état de santé ou les modalités exactes de leur remise. Aucun élément officiel ne fait non plus état d’une éventuelle rançon, d’un échange de prisonniers ou d’une autre contrepartie.
Les deux Russes avaient été capturés lors des affrontements qui se sont déroulés du 25 au 27 juillet 2024 près de Tinzawatène, dans le nord du Mali, à proximité de la frontière algérienne. Les combats avaient opposé les forces armées maliennes et leurs supplétifs russes de Wagner à des groupes armés de l’Azawad, avec également l’implication de combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.
À l’époque, plusieurs mouvements armés de l’Azawad étaient regroupés au sein du Cadre stratégique permanent pour la défense du peuple de l’Azawad. Plusieurs de ces composantes ont par la suite constitué le Front de libération de l’Azawad (FLA). Il serait donc imprécis de présenter les deux Russes comme ayant été capturés par le FLA, cette appellation n’existant pas encore lors des combats de juillet 2024.
Le bilan de la bataille de Tinzawatène reste par ailleurs sujet à controverse. Wagner avait reconnu la mort de plusieurs de ses combattants, sans fournir de bilan détaillé. Les groupes armés de l’Azawad avaient affirmé de leur côté avoir tué 84 combattants russes et 47 militaires maliens, des chiffres qui n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.
Dès août 2024, le porte-parole des mouvements de l’Azawad, Mohamed Elmaouloud Ramadane, avait confirmé la détention de combattants russes et déclaré que son organisation restait ouverte aux initiatives visant à trouver une issue à leur situation. Il avait par la suite assuré que deux d’entre eux étaient toujours en vie.
La médiation ayant conduit à leur libération n’a pas été menée directement par le maréchal Khalifa Haftar, mais par son fils Saddam Haftar, commandant en chef adjoint de l’Armée nationale libyenne, qui contrôle une grande partie de l’est de la Libye. Cette force entretient des liens militaires étroits avec Moscou.
Selon des sources citées par APAnews, une délégation des mouvements de l’Azawad se serait rendue plusieurs mois auparavant à Oubari, dans le sud-ouest de la Libye, puis à Benghazi, afin d’ouvrir un canal de négociation. Les deux anciens combattants russes auraient ensuite été transférés vers la Libye après leur libération, plutôt que remis directement aux forces russes présentes dans le nord du Mali. Cette information n’a toutefois pas été confirmée publiquement par l’Africa Corps.
Cette médiation intervient quelques jours après la libération du missionnaire américain Kevin Rideout, enlevé au Niger en octobre 2025 avant d’être détenu au Mali par une branche de l’organisation État islamique. Les autorités de l’Est libyen avaient alors été créditées d’un rôle important dans les négociations ayant abouti à sa libération et à son transfert vers Benghazi.
Les circonstances exactes de cette précédente opération étaient toutefois restées floues, certaines sources évoquant le versement d’une rançon tandis que d’autres parlaient d’une opération des forces de Haftar. Washington n’avait pas détaillé publiquement les modalités de la libération.
La libération successive d’un ressortissant américain puis de deux anciens combattants russes contribue ainsi à mettre en lumière le rôle croissant de l’Est libyen comme canal de médiation dans certains dossiers de captifs au Sahel. Elle témoigne également des réseaux dont dispose le camp Haftar avec Moscou et dans plusieurs pays de la région, même si ces deux opérations ne suffisent pas encore à faire de Saddam Haftar un intermédiaire incontournable dans les crises sécuritaires du Sahel.