(AfriquePlus) - Le retour aux affaires de Mamadi Doumbouya ne clôt pas le chapitre des rumeurs persistantes sur son état de santé et sa capacité à exercer le pouvoir. Arrivé par un coup d'État en septembre 2021 avant d'être élu fin décembre 2025 au terme d'un scrutin contesté, le président guinéen s'était pourtant montré très rarement en public ces derniers mois, rapporte le journaliste Christophe Châtelot dans Le Monde du 23 août 2026.
Le 3 août, la présidence organise à l'aéroport de Conakry un départ officiel très encadré, rassemblant gouvernement et corps diplomatique venus saluer, sur le tarmac, l'envol du chef de l'État vers la Grèce. Trois jours plus tard, Mamadi Doumbouya publie sur X une photo de lui et son épouse sur un yacht, assurant que la Guinée avance et que ses institutions fonctionnent normalement. Mais selon le média guinéen KoumaMedia, cité par Le Monde, cette escale grecque n'aurait été qu'une étape avant Chypre, où le président se serait rendu pour des soins médicaux. Un scénario qui rappelle sa disparition de trois semaines en février, après une apparition amaigrie au sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba.
Ce silence a été rompu, de façon inattendue, par le chef d'état-major général des armées. Quelques heures après le décollage de l'avion présidentiel, le général Ibrahima Sory Bangoura est apparu au journal télévisé public pour rassurer le peuple de Guinée de sa fidélité constante envers le président et les institutions. Une source guinéenne, s'exprimant sous couvert d'anonymat auprès du Monde, y voit le signe de tensions internes à l'armée, certains officiers cherchant à se positionner en cas de défaillance du chef de l'État.
Le journal rappelle que les précédents de transition militaire abondent à Conakry, de la prise de pouvoir du colonel Lansana Conté en 1984 jusqu'au coup de force de Mamadi Doumbouya lui-même en 2021, en passant par les capitaine et général qui se sont succédé après la mort de Lansana Conté en 2008. Une source sécuritaire précise au Monde que des tensions existent jusque dans les forces spéciales, corps d'origine du président et seul appui militaire sur lequel il peut a priori compter.
Dès son retour, Mamadi Doumbouya a réuni le Conseil supérieur de défense et de sécurité nationale pour nommer le général Mouctar Kaba, dit Spartacus, à la tête du Commandement des opérations spéciales, un fidèle chargé, selon une source sécuritaire citée par le quotidien français, de remettre de l'ordre dans les troupes d'élite où se trouveraient les ambitieux les plus sérieux. Un appétit du pouvoir nourri par une croissance économique guinéenne d'environ 7 % en 2025 et environ 8 milliards de dollars d'investissements étrangers, essentiellement miniers.
Sur le plan politique, en revanche, le pouvoir de Mamadi Doumbouya ne semble guère menacé, l'opposition ayant été largement muselée ou poussée à l'exil. Début août, le collectif des Forces vives de Guinée a dénoncé de faux scrutins organisés en vase clos, sans parvenir à mobiliser largement. L'hebdomadaire Le Lynx, l'une des rares voix critiques encore audibles à Conakry, résumait le 20 août ce climat par une formule sans détour : le silence y serait devenu une religion d'État.