(AfriquePlus) - Mo Dewji détonne dans le paysage des grandes fortunes africaines. Seul milliardaire d'Afrique de l'Est et plus jeune milliardaire du continent à 51 ans, il dirige le groupe tanzanien MeTL, fondé par son père dans les années 1970, et cultive une visibilité rare pour un magnat africain, avec plus de deux millions d'abonnés sur X, rapporte The Economist dans un article consacré à la montée en puissance des conglomérats familiaux africains, le 23 août 2026.
Selon le cabinet McKinsey, cité par le magazine britannique, deux tiers des entreprises africaines dont le chiffre d'affaires dépasse un milliard de dollars sont désormais détenues et basées localement, contre à peine 30 % pour les filiales de multinationales étrangères qui dominaient autrefois le paysage. Acha Leke, président de McKinsey pour l'Afrique, observe que des conglomérats de plus en plus imposants sont désormais contrôlés par des Africains eux-mêmes.
Le visage le plus connu de cette dynamique reste Aliko Dangote, industriel nigérian actif dans le ciment et les engrais dans dix-sept pays africains, qui a inauguré en 2023 la plus grande raffinerie de pétrole du continent et ambitionne de faire de son groupe la première entreprise africaine à atteindre 100 milliards de dollars de valeur d'ici 2030. Il doit toutefois composer avec des concurrents sérieux, comme le Nigérian Abdul Samad Rabiu, fondateur du groupe BUA, classé deuxième fortune du continent par Bloomberg en mai avec environ 19 milliards de dollars, ou encore Mo Dewji, qui vise un groupe MeTL à 10 milliards de dollars d'ici 2030 en misant notamment sur les mines.
The Economist souligne que ces grandes fortunes restent concentrées dans une poignée de pays : selon le dernier Africa Wealth Report, 25 des 28 milliardaires africains actuels sont issus de seulement quatre des cinq plus grandes économies du continent. Le banquier kényan John Ngumi observe que les Africains sont arrivés très tardivement à la table de l'accumulation du capital, un retard hérité des réseaux commerciaux bâtis sous la colonisation par des familles d'origine asiatique ou libanaise, à l'image de celle de Mo Dewji en Tanzanie ou du milliardaire libano-nigérian Gilbert Chagoury.
La réussite de ces groupes tient aussi souvent à des relations étroites avec le pouvoir politique. Freda Yawson, du centre de réflexion ghanéen Africa Centre for Economic Transformation, affirme à The Economist qu'elle ne connaît aucun grand industriel dépourvu d'accès au gouvernement et aux décideurs publics. L'ascension d'Aliko Dangote doit ainsi beaucoup à ses liens avec l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, tandis qu'Abdul Samad Rabiu est réputé proche de l'actuel chef de l'État Bola Tinubu.
Pour limiter les risques politiques, plusieurs de ces groupes misent sur l'expansion régionale, à l'image du Tanzanien Rostam Azizi, qui construit au Kenya ce qu'il présente comme le plus grand terminal de gaz de pétrole liquéfié d'Afrique et veut étendre ses activités de l'Éthiopie jusqu'en Afrique du Sud dans la prochaine décennie. Reste que l'accès au financement demeure un obstacle majeur : Mo Dewji rappelle à The Economist qu'il devait autrefois emprunter en Afrique du Sud faute de secteur bancaire tanzanien suffisamment développé, une situation qui s'améliore mais reste contraignante même pour les grands groupes.