(AfriquesPlus) - La réforme fiscale engagée par le Nigeria vise à accroître les recettes publiques sans alourdir davantage les charges qui pèsent sur les entreprises. Mais sa réussite dépendra aussi de la capacité des autorités à mettre fin à la multiplication des taxes, prélèvements et redevances imposés par les différents niveaux de gouvernement.
Dans un éditorial publié le 24 août 2026, le quotidien nigérian Punch estime que les quatre lois fiscales entrées en vigueur en janvier ont posé les bases d’un système plus simple et plus favorable à l’activité économique. Le journal cite notamment le Nigeria Tax Act, le Nigeria Tax Administration Act, le Nigeria Revenue Service (Establishment) Act et le Joint Revenue Board (Establishment) Act.
Ces réformes prévoient notamment de relever de 25 à 100 millions de nairas le seuil de chiffre d’affaires annuel permettant aux petites entreprises de bénéficier de certaines exonérations. Elles regroupent également plusieurs prélèvements destinés aux entreprises au sein d’une taxe de développement de 4 %, tandis que le taux d’imposition des sociétés doit progressivement passer de 30 à 25 %.
Pour Punch, ces changements traduisent la volonté affichée par le ministre des Finances, Taiwo Oyedele, de faire de la fiscalité un instrument de soutien à l’investissement, à la formalisation des activités et à la création d’emplois plutôt qu’un frein au développement des entreprises.
Les premières données sur les recettes fiscales sont présentées comme encourageantes. Selon le journal, elles ont atteint 21 600 milliards de nairas au premier semestre 2026, soit une progression de 49 %. Le gouvernement affirme également que le nombre de personnes enregistrées à des fins fiscales est passé de moins de 10 millions à plus de 100 millions.
Mais l’éditorial estime que le principal défi se situe désormais au niveau des États et des collectivités locales. Malgré les nouvelles dispositions fiscales, de nombreuses entreprises continueraient de faire face à une accumulation de taxes, permis, frais et prélèvements dont la légalité ou la pertinence sont parfois contestées.
Cette situation est particulièrement préoccupante pour les petites entreprises, qui disposent de moyens limités pour vérifier les demandes des autorités ou contester des prélèvements jugés abusifs. D’après une enquête citée par Punch et réalisée par Nairametrics, ces entreprises peuvent être confrontées à des prélèvements portant notamment sur l’environnement, les enseignes, l’assainissement, la gestion des déchets, les marchés ou encore les autorisations d’exploitation.
Le problème touche également le secteur industriel. Punch cite l’Association des industriels du Nigeria (Manufacturers Association of Nigeria, MAN), qui a identifié la persistance des multiples impositions parmi les principaux obstacles à l’amélioration de l’environnement des affaires au deuxième trimestre 2026. Des entreprises continueraient de recevoir la visite de différentes administrations leur réclamant des taxes et redevances distinctes malgré la réforme en cours.
Cette multiplication des prélèvements a un coût économique. Les entreprises peuvent être contraintes d’absorber les charges supplémentaires, de les répercuter sur les consommateurs à travers des prix plus élevés, de réduire leurs investissements ou, dans les cas les plus difficiles, de fermer leurs activités ou de les déplacer.
Punch estime ainsi que le gouvernement fédéral doit désormais passer de l’adoption des lois à leur application effective. L’objectif devrait être de permettre à chaque entreprise de connaître clairement ses obligations fiscales et d’éviter qu’elle soit sollicitée plusieurs fois pour une même responsabilité publique.
Le journal appelle notamment le Joint Revenue Board à jouer pleinement son rôle d’harmonisation entre les trois niveaux de gouvernement. Il préconise la publication d’une liste nationale actualisée des taxes, prélèvements, taux et redevances autorisés, en précisant pour chacun l’administration compétente.
L’éditorial pointe également le cas des redevances liées au droit de passage (Right of Way) dans les télécommunications. Les écarts importants entre les montants appliqués par les États peuvent renchérir le déploiement des infrastructures numériques et ralentir l’extension de la fibre optique. Punch estime que cette situation illustre les incohérences que la réforme fiscale devrait précisément contribuer à corriger.
Pour le quotidien nigérian, l’enjeu dépasse donc la seule augmentation des recettes publiques. Le véritable succès de la réforme se mesurera à la capacité du système fiscal à devenir plus prévisible, transparent et simple pour les contribuables.
Le Nigeria a besoin d’élargir son assiette fiscale pour financer son développement. Mais, conclut Punch, cet objectif ne pourra être atteint durablement par la multiplication des collecteurs et des prélèvements. Il passe plutôt par une économie plus productive, un système fiscal mieux harmonisé et un environnement qui encourage les entreprises à se formaliser et à investir.