(AfriquesPlus) À deux ans de la prochaine présidentielle, la bataille politique s’intensifie en République démocratique du Congo. L’opposition appelle Félix Tshisekedi à abandonner tout projet de modification de la Constitution susceptible de lui permettre de briguer un troisième mandat et réclame l’ouverture d’un dialogue national inclusif.
Le bras de fer politique se durcit en République démocratique du Congo. Alors que le pays reste confronté à une grave crise sécuritaire dans l’Est, l’opposition monte au créneau contre les initiatives de la majorité présidentielle visant à modifier certaines dispositions constitutionnelles.
Delly Sesanga, président du parti ENVOL et membre de la coalition d’opposition C64, a appelé lundi le chef de l’État à **« renoncer »** à tout projet de réforme constitutionnelle susceptible de prolonger son maintien au pouvoir. Selon lui, alors que le pays est en guerre, la priorité devrait être donnée à la sécurité et aux difficultés économiques et sociales de la population.
« Une nation en guerre ne devrait pas faire de la modification de la Constitution une priorité », a-t-il déclaré, dénonçant une initiative qu’il juge inopportune.
Élu en 2019 et réélu en 2023, Félix Tshisekedi, âgé de 63 ans, est actuellement dans son deuxième mandat de cinq ans, qui doit normalement s’achever en 2028. La perspective d’une éventuelle modification des règles constitutionnelles alimente donc déjà les spéculations sur ses intentions pour la prochaine présidentielle.
Le chef de l’État n’a toutefois pas encore indiqué s’il entendait promulguer le projet de loi concerné. Au début du mois, il avait renvoyé à l’Assemblée nationale, pour un nouvel examen, un texte très contesté visant notamment à assouplir les conditions d’organisation des référendums.
Pour Delly Sesanga, ce geste présidentiel demeure insuffisant. L’opposant demande à Félix Tshisekedi et à la majorité parlementaire de « abandonner définitivement ce projet », tout en appelant à l’ouverture d’un véritable dialogue politique.
L’opposition veut parler d’une seule voix
Affaiblie depuis la présidentielle de 2023, remportée largement par Félix Tshisekedi, l’opposition congolaise cherche à retrouver une capacité de mobilisation. La coalition C64 avait prévu des manifestations à la mi-août, avant de les reporter au 15 septembre.
Delly Sesanga rejette par ailleurs les accusations de divisions au sein de l’opposition. Il affirme que ses composantes partagent les mêmes préoccupations : la pauvreté, l’insécurité et le chômage, notamment chez les jeunes.
Pour l’opposant, la crise politique ne peut être dissociée de la situation sociale et sécuritaire du pays. Il réclame ainsi un dialogue national suffisamment large pour associer les différentes forces politiques et contribuer à rechercher une sortie de crise.
Kinshasa a justement annoncé, à la mi-juillet, la tenue d’un dialogue national réclamé depuis longtemps par l’opposition. Mais les autorités n’ont pour l’instant donné que peu de détails sur son format, son calendrier et les acteurs qui pourraient y participer.
Le M23 au cœur de l’équation
La crise politique intervient alors que la RDC est toujours confrontée à une situation sécuritaire extrêmement tendue dans l’Est. Le M23, soutenu par le Rwanda selon Kinshasa et plusieurs rapports internationaux, contrôle de vastes territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Delly Sesanga estime que le mouvement armé devrait lui aussi être associé à un dialogue national, dans l’objectif de favoriser « la paix et la réunification » du pays. Une proposition que les autorités congolaises ont rejetée.
La question est d’autant plus sensible que des millions d’électeurs du Nord-Kivu et du Sud-Kivu pourraient être confrontés à des difficultés pour participer à la présidentielle de 2028 si la situation sécuritaire ne s’améliore pas. Les capitales provinciales de ces deux territoires sont notamment tombées aux mains du M23 en janvier 2025.
« Aucun Congolais sérieux n’accepterait une élection sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu », a averti Delly Sesanga, soulignant le risque d’une crise de légitimité si une partie importante du territoire et de l’électorat ne pouvait participer au scrutin.
La paix comme préalable à la présidentielle
Le débat constitutionnel se déroule donc sur fond de recherche d’une solution à la guerre dans l’Est. Dimanche, la Suisse a annoncé que Kinshasa et le M23 étaient parvenus à un accord sur une nouvelle feuille de route pour les pourparlers de paix.
Cette nouvelle tentative intervient après plusieurs accords et initiatives de médiation restés sans effet durable, les combats ayant continué sur le terrain.
Pour l’opposition, l’enjeu dépasse désormais la seule question d’un éventuel troisième mandat. Il s’agit de savoir dans quelles conditions la RDC pourra organiser en 2028 une élection crédible, inclusive et acceptée par l’ensemble des acteurs politiques et de la population.
À deux ans du scrutin, le débat constitutionnel, le dialogue national et la guerre dans l’Est apparaissent ainsi comme les trois dossiers susceptibles de déterminer l’avenir politique de la RDC.