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Haïti : Kenscoff ensanglantée, les gangs frappent aux portes de Port-au-Prince
La nuit de dimanche à lundi a été particulièrement meurtrière à Kenscoff. Des hommes armés ont attaqué cette communauté agricole située dans les collines dominant la capitale haïtienne, semant la panique parmi les habitants.
 

(AfriquesPlus) Une nouvelle attaque meurtrière attribuée à une puissante coalition de gangs a plongé Kenscoff dans l’horreur. Dans cette commune agricole située dans les hauteurs de Port-au-Prince, les habitants ont découvert au matin des corps dans les rues, des maisons incendiées et des proches portés disparus. Un drame qui illustre une nouvelle fois l’effondrement sécuritaire d’Haïti.

La nuit de dimanche à lundi a été particulièrement meurtrière à Kenscoff. Des hommes armés ont attaqué cette communauté agricole située dans les collines dominant la capitale haïtienne, semant la panique parmi les habitants. Des maisons ont été incendiées et plusieurs personnes tuées, selon le maire Jean Massillon.

Le bilan exact reste pour l’heure impossible à établir. Les difficultés d’accès à certaines zones et les problèmes de communication compliquent le travail des autorités**, qui redoutent que le nombre de victimes ne s’alourdisse dans les prochaines heures.

Le maire de Kenscoff a attribué l’attaque à des membres de Viv Ansanm, une coalition de gangs particulièrement puissante qui terrorise la région de Port-au-Prince et que les États-Unis ont désignée comme organisation terroriste étrangère.

Des familles prises au piège

Au lendemain de l’attaque, les témoignages des survivants témoignent de la violence des affrontements. Lorsque les premiers coups de feu ont retenti, Robert Jean a réveillé les membres de sa famille et les a conduits précipitamment vers un lieu plus sûr.

Mais dans la confusion, il n’a pas réussi à retrouver son frère, Jean Mercidieu. Malgré plusieurs appels téléphoniques, celui-ci demeure introuvable.

Dans les rues, les habitants ont également découvert les corps de proches et d’amis. L’agriculteur Enold Saint-Verti, qui soulevait le drap recouvrant le corps de son beau-frère, a dénoncé l’absence de protection policière.

Pour lui, une présence sécuritaire mieux organisée aurait peut-être permis d’éviter le drame : « Si seulement nous avions une bonne police, elle aurait posté un fourgon blindé ici », a-t-il déploré.

 Les gangs étendent leur emprise

L’attaque de Kenscoff illustre l’extension de l’emprise des gangs au-delà du cœur de Port-au-Prince. Ces groupes armés contrôlent une grande partie de la capitale et s’en prennent régulièrement aux localités environnantes.

La coalition Viv Ansanm est notamment accusée d’avoir multiplié les violences, les enlèvements, les meurtres et les déplacements forcés de populations. Cette insécurité chronique a provoqué une crise humanitaire majeure.

Selon les données des Nations unies citées dans le bilan, plus de 3 100 personnes auraient été tuées entre janvier et juin, tandis que 1 189 autres ont été blessées. Quelque 1,5 million de personnes ont également été déplacées** à travers le pays en raison de la violence des gangs.

 Des élections menacées par l’insécurité

Cette nouvelle flambée de violence intervient à quelques mois d’une échéance politique majeure. Haïti doit organiser le 13 décembre ses premières élections générales depuis plus d’une décennie. Le processus d’inscription des électeurs a déjà commencé à Port-au-Prince et dans plusieurs régions.

Mais l’insécurité fait peser de lourdes incertitudes sur la tenue du scrutin. Des experts estiment que les conditions actuelles ne permettent pas encore d’organiser des élections véritablement sûres et accessibles à l’ensemble de la population.

La crise sécuritaire intervient également dans un contexte migratoire tendu. Moins d’une semaine avant l’attaque de Kenscoff, les États-Unis avaient expulsé plus de 160 personnes vers Haïti, après une décision judiciaire permettant à l’administration Trump de mettre fin au statut de protection temporaire dont bénéficiaient quelque 350 000 Haïtiens.

Entre la progression des gangs, l’effondrement des capacités de sécurité, les déplacements massifs de population et l’incertitude entourant les prochaines élections, Haïti apparaît plus que jamais prisonnière d’une crise dont l’issue reste difficile à entrevoir. Le drame de Kenscoff vient rappeler brutalement que même les zones autrefois relativement épargnées ne sont désormais plus à l’abri de la violence.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
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