(AfriquesPlus) De Johannesburg à Abuja, de Kinshasa au Caire et d’Addis-Abeba au Sahel, l’actualité africaine de ce mardi est dominée par les questions de sécurité, les crises sanitaires, les tensions politiques et les recompositions géopolitiques. La presse met particulièrement l’accent sur le Nigeria, où un enlèvement massif dans une mosquée relance l’inquiétude face à l’insécurité, sur la situation en Afrique du Sud après l’assassinat du boxeur Zolani Tete, et sur la crise Ebola en RDC. En toile de fond, le bras de fer autour du Nil entre l’Éthiopie et l’Égypte et la consolidation de l’AES continuent de structurer les grands enjeux africains.
Afrique du Sud : l’assassinat de Zolani Tete ravive le débat sur la criminalité
En Afrique du Sud, l’affaire qui continue de retenir l’attention est le meurtre de l’ancien champion du monde de boxe Zolani « Last Born » Tete, tué par balle devant son domicile dans la province du Cap-Oriental. Quatre suspects ont été arrêtés et l’un d’eux devait comparaître ce mardi devant le tribunal de première instance de Mdantsane.
Cette affaire dépasse désormais le seul monde de la boxe. Des responsables sud-africains dénoncent une nouvelle illustration de la violence et de la circulation des armes illégales dans le pays. Le parlementaire Makhi Feni a appelé les forces de l’ordre à intensifier leurs efforts pour traduire les responsables en justice.
Sur le front économique, Reuters relève par ailleurs la stabilité du rand ce mardi, les investisseurs attendant de nouvelles indications sur la situation économique sud-africaine.
Autre signal positif pour l’économie : le groupe minier Gold Fields a annoncé une progression de 81 % de son bénéfice semestriel, portée par la hausse du prix de l’or, de la production et des ventes.
Nigeria : l’enlèvement de centaines de fidèles choque le pays
C’est probablement l’une des informations les plus préoccupantes de la journée en Afrique.
Une vidéo diffusée par un groupe armé semble montrer quelque 600 personnes enlevées, principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées, après l’attaque d’une mosquée dans le village de Dekara, dans l’État de Niger, au centre-nord du Nigeria. Reuters, reprise par plusieurs médias internationaux, précise que les habitants évoquent des attaques simultanées contre plusieurs communautés.
L’affaire illustre une nouvelle fois la mutation de l’insécurité nigériane : enlèvements de masse, attaques de villages et criminalité organisée se superposent désormais aux violences jihadistes.
La presse nigériane continue également de suivre les prémices de la bataille politique de 2027. Les divisions de l’opposition et les ambitions concurrentes de figures comme Atiku Abubakar et Peter Obi alimentent déjà le débat national. La presse nigériane relève également les déclarations du camp présidentiel défendant le bilan de Bola Tinubu.
Sur le plan social, le gouvernement fédéral a décrété ce mardi jour férié national à l’occasion de l’Eid al-Mawlid.
Éthiopie : Addis-Abeba au cœur des enjeux africains
L’Éthiopie occupe également une place importante dans l’agenda continental ce mardi. Addis-Abeba accueille notamment le Africa Futures Summit 2026, consacré aux évolutions de la relation entre l’Afrique et les grandes puissances et à l’avenir stratégique du continent.
Mais le dossier le plus sensible reste celui du Nil et du Grand barrage de la Renaissance (GERD).
Le différend avec l’Égypte demeure latent. La presse égyptienne rappelle que l’Éthiopie défend ses projets hydrauliques comme des instruments de développement, tandis que Le Caire redoute que la construction de nouveaux barrages sur le Nil bleu ne compromette à terme ses ressources en eau.
La question est d’autant plus stratégique que le Nil fournit à l’Égypte l’essentiel de ses ressources hydriques. Le Caire continue officiellement de privilégier la voie diplomatique, même si le débat sur les moyens de pression à exercer sur Addis-Abeba reste vif.
L’Éthiopie est également indirectement au cœur de l’actualité régionale après la mort de deux Casques bleus éthiopiens dans une embuscade au Soudan du Sud.
Égypte : économie sous pression et bataille autour du Nil
Au Caire, la question économique demeure préoccupante. L’inflation reste élevée, tandis que les autorités poursuivent leurs réformes économiques et la réduction progressive de certaines subventions.
Mais l’Égypte cherche aussi à renforcer son rôle continental. Le ministre égyptien de la Santé, Khaled Abdel Ghaffar, a appelé à un financement plus durable de la lutte contre les épidémies en Afrique et à une participation accrue des pays africains à la réforme de l’architecture mondiale de la santé.
Le dossier du Nil reste toutefois le principal enjeu géopolitique entre l’Égypte et l’Éthiopie. La crainte du Caire porte moins aujourd’hui sur le GERD lui-même que sur la perspective de nouveaux barrages éthiopiens qui pourraient donner à Addis-Abeba davantage de contrôle sur les flux du Nil bleu.
RDC : Ebola, l’autre grande urgence africaine
En République démocratique du Congo, la crise Ebola continue de prendre une dimension exceptionnelle.
Les autorités et les organisations humanitaires sont confrontées à une double difficulté : la progression de l’épidémie et l’insécurité dans les zones touchées. Des attaques contre des équipes de la Croix-Rouge ont récemment blessé plusieurs intervenants, compliquant davantage les opérations de secours.
La RDC fait face à ce qui est présenté comme son épisode Ebola le plus meurtrier. Plus de 16 000 doses du vaccin Ervebo sont déjà arrivées dans le pays et l’Organisation mondiale de la santé a annoncé la disponibilité de dizaines de milliers de doses supplémentaires.
Cette crise sanitaire se déroule dans un contexte particulièrement difficile dans l’est du pays, où la faiblesse des infrastructures sanitaires et la présence de groupes armés compliquent considérablement la riposte.
Parallèlement, Kinshasa et le M23/AFC poursuivent la mise en œuvre du mécanisme de surveillance prévu dans le cadre du cessez-le-feu négocié avec la médiation américaine. L’Agence panafricaine de presse rapportait lundi un accord entre les parties sur ce mécanisme.
AES : sécurité et autonomie stratégique au cœur des préoccupations
Dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Mali, Burkina Faso et Niger — la question sécuritaire reste dominante.
Les trois pays poursuivent leur stratégie de coopération militaire et politique en dehors des cadres traditionnels de la CEDEAO, tout en cherchant à renforcer leurs capacités nationales face aux groupes armés.
Les analyses récentes soulignent notamment le rapprochement militaire avec la Russie et la volonté des régimes de l’AES de construire une architecture de sécurité autonome.
Mais cette stratégie reste confrontée à une réalité difficile : la persistance des attaques jihadistes. Les violences continuent de mettre à rude épreuve les capacités militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, malgré le renforcement de leur coopération.
L’AES apparaît ainsi de plus en plus comme un projet politique et géopolitique dépassant la seule question militaire : les trois États veulent désormais afficher une autonomie diplomatique, économique et sécuritaire vis-à-vis des organisations régionales traditionnelles et des anciennes puissances partenaires.
Le continent face à trois urgences
La lecture croisée de la presse de ce mardi 25 août fait ressortir trois grandes tendances.
Premièrement, l’insécurité reste la principale menace immédiate. Du Nigeria au Sahel, en passant par l’est de la RDC, les enlèvements, les groupes armés et les attaques contre les populations civiles continuent de peser lourdement sur les États.
Deuxièmement, les crises sanitaires prennent une dimension géopolitique. L’explosion de l’épidémie d’Ebola en RDC rappelle la fragilité des systèmes de santé africains et la nécessité d’une réponse internationale plus importante.
Enfin, la recomposition géopolitique se poursuit. L’AES cherche à consolider son autonomie, l’Éthiopie affirme ses ambitions régionales autour du Nil, l’Égypte défend ses intérêts hydriques et l’Afrique du Sud tente de maintenir son poids économique et diplomatique sur le continent.