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L'Afrique face au défi du financement de la santé
Le financement de la santé pourrait devenir l’un des principaux leviers de la transformation économique de l’Afrique. C’est le constat dressé par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA)
 

(AfriquesPlus) - Le financement de la santé pourrait devenir l’un des principaux leviers de la transformation économique de l’Afrique. C’est le constat dressé par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) dans un article publié le 25 août 2026, à l’occasion de l’ouverture de la 76e session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, à Addis-Abeba. L’institution alerte sur un double phénomène : alors que le service de la dette absorbe une part croissante des ressources publiques, les ménages africains continuent de supporter une lourde partie du coût des soins.

Selon la CEA, 150 millions de personnes basculent chaque année dans la pauvreté en raison des dépenses médicales directement assumées par les ménages. Dans les pays à faible revenu, le remboursement de la dette dépasse désormais les dépenses de santé dans le pays médian. Parallèlement, l’aide extérieure destinée au secteur sanitaire a diminué de près de 30 %. À l’échelle régionale, les paiements directs représentent environ 35 % des dépenses de santé, bien au-dessus du seuil de 20 % retenu comme référence par l’OMS.

Prenant la parole au nom du secrétaire exécutif de la CEA, Claver Gatete, le chef de cabinet Aboubakri Diaw a insisté sur le fait que la crise sanitaire est aussi une crise économique. Il l’a illustrée à travers le personnage fictif d’« Amina », une entrepreneure qui, confrontée au coût des soins, retarde sa prise en charge avant de devoir vendre une partie de son matériel et réduire son activité. Une situation individuelle qui, lorsqu’elle se reproduit à grande échelle, finit par peser sur l’économie nationale : « Ce qui a commencé comme la maladie d’une personne est devenu une crise financière pour le ménage… et, lorsqu’elle se répète dans des millions de familles, elle devient un problème macroéconomique. »

Pour la CEA, les États africains doivent changer leur manière de défendre les budgets sanitaires. Les ministères de la Santé ne devraient plus se contenter de solliciter des crédits supplémentaires, mais démontrer leur contribution à la productivité, à l’emploi et à la croissance. Cette approche doit permettre de convaincre les ministères des Finances que la santé constitue un investissement économique à long terme.

Aboubakri Diaw estime cependant que le déficit financier n’explique pas à lui seul les difficultés du secteur. La crédibilité des politiques publiques et la confiance des investisseurs constituent également des facteurs déterminants : « Le secteur de la santé ne souffre pas seulement d’un déficit de financement. Il souffre aussi d’un déficit de confiance ; et la confiance, contrairement au capital, ne peut pas être empruntée. Elle doit être construite. »

L’organisation propose ainsi trois orientations principales : établir des arguments économiques chiffrés en faveur de l’investissement sanitaire, construire un pacte national de financement de la santé réunissant les principaux acteurs publics et privés, et adapter les instruments financiers à la situation budgétaire propre à chaque pays.

Cette approche vise notamment à éviter l’empilement de programmes et de mécanismes de financement sans coordination. Pour Diaw, injecter davantage d’argent dans des structures mal coordonnées risque de reproduire leurs faiblesses plutôt que de les résoudre. À l’inverse, un financement reposant sur une stratégie nationale cohérente pourrait contribuer à transformer durablement les systèmes de santé.

Les premiers résultats recueillis par la CEA montrent l’ampleur du problème. Dans certains pays participant à son initiative, la santé ne représente que 5 à 9 % des budgets publics, tandis que les dépenses directement supportées par les patients peuvent atteindre 64 % des dépenses sanitaires.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’aide internationale destinée à la santé diminue et que les États disposent de marges budgétaires limitées par leur endettement. La CEA estime donc nécessaire de repenser simultanément les politiques de santé, les stratégies budgétaires, la fiscalité, l’assurance, la gestion de la dette et la mobilisation du secteur privé. Cette réflexion s’inscrit dans l’Initiative africaine pour la transformation du financement de la santé, lancée à Tanger en avril 2026.

La CEA voit également dans la transformation numérique un moyen de rendre les dépenses sanitaires plus transparentes et plus efficaces. Dans les pays à faible revenu, moins d’un tiers des systèmes de santé seraient aujourd’hui capables de suivre leurs dépenses en temps réel.

L’Éthiopie est présentée comme un exemple intéressant, avec le développement d’outils permettant de suivre les ressources depuis leur inscription au budget jusqu’à leur utilisation dans les services de santé. L’enjeu dépasse donc la simple numérisation des procédures : il s’agit de mieux contrôler les flux financiers et de limiter les pertes ou les mauvaises allocations.

Pour la CEA, cette transformation pourrait produire rapidement des gains d’efficacité, notamment en permettant aux administrations financières de disposer d’informations plus précises sur l’utilisation des ressources.

Derrière cette nouvelle approche se trouve une idée centrale : une population qui renonce aux soins faute de moyens, ou qui s’appauvrit après une maladie, constitue aussi un frein à la croissance économique. La CEA entend donc faire sortir le financement sanitaire d’une logique strictement sociale pour le placer au cœur des politiques économiques nationales.

L’organisation résume cette vision dans une formule d’Aboubakri Diaw : « La santé n’est pas ce que nous dépensons lorsque l’Afrique croît. La santé est la manière dont l’Afrique croît. »

Pour la CEA, l’enjeu est désormais de traduire cette ambition en politiques financées, coordonnées et évaluables. La bataille pour des systèmes de santé plus solides est ainsi présentée comme une bataille pour la réduction de la pauvreté, la productivité, la souveraineté budgétaire et la croissance africaine.

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