Skip to main content
Libye, le procès El Hishri met l’Europe face à ses responsabilités
De nombreuses voix estiment que cette procédure doit également conduire à examiner le rôle joué par les politiques européennes de contrôle migratoire
 

(AfriquesPlus) - Le futur procès devant la Cour pénale internationale de Khaled Mohamed Ali El Hishri, ancien responsable d’une milice libyenne, pourrait ouvrir un nouveau front judiciaire sur le traitement des migrants en Libye. Dans une tribune publiée le 25 août 2026 par The New Humanitarian, Allison West, conseillère juridique à l’European Center for Constitutional and Human Rights, et Viola Castellano, chercheuse à l’Université Humboldt, estiment que cette procédure doit également conduire à examiner le rôle joué par les politiques européennes de contrôle migratoire.

Fin juillet, les juges de la CPI ont confirmé les charges visant El Hishri, ouvrant la voie à son procès. L’ancien responsable de la Force spéciale de dissuasion est notamment accusé de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre commis à la prison de Mitiga, à Tripoli. Les accusations portent notamment sur des faits de torture, de violences sexuelles, de meurtres, de persécution et d’esclavage. Des migrants et des réfugiés figurent parmi les victimes.

Pour les deux autrices, l’affaire ne doit cependant pas être réduite aux agissements d’un seul responsable libyen. Mitiga serait l’un des rouages d’un système plus vaste de détention, d’exploitation et d’extorsion qui s’est développé en Libye depuis 2011 et qui touche particulièrement les migrants noirs.

La tribune établit surtout un lien entre ce système et la politique européenne visant à empêcher les départs vers l’Europe. Depuis plusieurs années, l’Union européenne et certains de ses États membres, notamment l’Italie, soutiennent les autorités libyennes chargées de l’interception des migrants en Méditerranée. Financements, équipements, coordination et appui politique auraient contribué à renforcer un dispositif dans lequel les personnes interceptées en mer sont renvoyées vers des centres de détention libyens.

Les témoignages de survivants évoqués dans l’article illustrent les conséquences de ce mécanisme. Des migrants ayant tenté de rejoindre l’Europe ont été interceptés par les garde-côtes libyens, puis conduits dans différents centres de détention, dont Mitiga, où certains rapportent avoir subi des violences et des conditions de détention particulièrement dures.

West et Castellano considèrent dès lors que la justice internationale doit dépasser la seule responsabilité des acteurs libyens. Elles demandent que le procureur de la CPI examine également l’éventuelle responsabilité individuelle de responsables européens dans un système dont les abus sont documentés depuis plusieurs années par des organisations humanitaires, des défenseurs des droits humains et des journalistes.

Malgré les pressions auxquelles la CPI est actuellement confrontée, les autrices voient dans cette procédure une occasion de réaffirmer le rôle de la justice internationale. Pour elles, le dossier El Hishri ne devrait pas seulement permettre de juger les crimes commis à Mitiga, mais aussi d’interroger les responsabilités qui ont permis à l’ensemble du système de perdurer.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
ID
638
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3