(AfriquesPlus) - La décision du président somalien Hassan Sheikh Mohamud de demander aux membres de son gouvernement de renoncer à leurs passeports étrangers met en lumière, selon Ismail Abukar, une crise plus profonde de gouvernance et de responsabilité politique en Somalie.
Dans un article publié le 11 août 2026 par African Arguments, le chercheur et militant somalien Ismail Abukar revient notamment sur les incidents impliquant deux hauts responsables somaliens refoulés à l’aéroport de Nairobi en raison de problèmes liés à leurs documents de voyage. Quelques semaines plus tard, le vice-Premier ministre Jibril Abdirashid Haji a annoncé avoir rendu son passeport kényan, conformément à l’ultimatum présidentiel.
Pour l’auteur, cette controverse dépasse largement la question de la double nationalité. Elle révèle une classe politique dont une partie conserverait des attaches importantes avec les pays occidentaux, notamment à travers la citoyenneté, les lieux de résidence des familles et les réseaux professionnels construits au sein de la diaspora.
Abukar souligne que cette situation concerne une partie importante des institutions somaliennes. Il cite notamment des données selon lesquelles 105 des 275 députés fédéraux détenaient un passeport étranger lors de la législature de 2017, tandis que plusieurs sénateurs étaient issus de la diaspora. L’auteur décrit également une administration dans laquelle certains responsables et conseillers restent fortement liés à des pays occidentaux.
L’article établit surtout un lien entre cette situation et la faiblesse de l’État. L’auteur rappelle qu’en 2022, le président Hassan Sheikh Mohamud avait reconnu que le système de présence biométrique révélait une importante proportion d’agents publics absents de leur poste tout en continuant à percevoir leur rémunération. Il évoque également le cas d’un ancien vice-Premier ministre accusé d’avoir perçu salaires et indemnités pendant une longue période malgré son absence du Parlement.
Pour Abukar, le problème réside donc moins dans la possession d’un passeport étranger que dans l’absence d’un véritable mécanisme de responsabilité politique. Le passeport occidental constituerait, selon son analyse, une forme de sécurité supplémentaire pour des responsables qui peuvent quitter le pays lorsque leur mandat prend fin ou lorsque la situation politique se détériore.
L’auteur estime toutefois qu’il serait injuste de réduire la diaspora somalienne à cette critique. Les transferts d’argent des Somaliens établis à l’étranger, évalués entre un et deux milliards de dollars par an, jouent un rôle essentiel dans l’économie et la survie de nombreuses familles.
La mesure présidentielle ne toucherait par ailleurs qu’une partie du problème. Le Parlement reste largement à l’écart, tandis que les conseillers et experts techniques travaillant au sein de la présidence et des ministères ne sont pas nécessairement concernés. Pour Ismail Abukar, le véritable enjeu est donc de reconstruire une élite politique davantage engagée dans la vie quotidienne du pays et soumise aux mêmes contraintes que la population.
L’auteur conclut que la question n’est pas seulement de savoir quel passeport possèdent les dirigeants somaliens, mais s’ils sont réellement prêts à construire leur avenir politique et personnel dans le pays qu’ils gouvernent.