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Comment le pétrole et l'argent gabonais ont façonné la puissance française
Un système méconnu de dépendance mutuelle a longtemps lié Libreville à Paris, bien au-delà du récit officiel de la coopération. C'est ce que révèle l'essayiste Olivier Fabre, interrogé sur TV5 Monde par la journaliste Anne-Sophie Palakara
 
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(AfriquePlus) - Dans son ouvrage Comment le Gabon a aidé la France, Olivier Fabre renverse la perspective habituelle sur la relation franco-gabonaise. Plutôt que d'examiner l'apport français au développement du Gabon, l'auteur documente, chiffres à l'appui, la contribution du petit pays d'Afrique centrale à l'économie, à la diplomatie et à la géostratégie françaises entre 1945 et 2025. Selon l'essayiste, la dernière partie de son livre propose un décompte inédit des matières premières extraites au Gabon et acheminées vers la France depuis 1960.

La perte de l'Algérie en 1962 aurait poussé Paris à sécuriser de nouvelles sources d'hydrocarbures, faisant du Gabon un partenaire jugé vital jusqu'au milieu des années 1980. Fabre rappelle qu'un ambassadeur français en fin de mandat, Maurice Delauney, aurait été maintenu à Libreville à la demande d'Omar Bongo, tant les intérêts économiques français dans le pays étaient jugés considérables. Le soutien militaire français au retour au pouvoir de Léon M'Ba en 1964 s'expliquerait en partie par ces mêmes enjeux pétroliers.

Le groupe Elf, présenté dans l'essai comme bien plus qu'une compagnie pétrolière, aurait servi d'instrument d'influence politique, alimentant des circuits de financement croisés entre les deux pays jusqu'à ce que l'affaire Elf porte, selon l'auteur, un coup d'arrêt décisif à la Françafrique d'État. Fabre situe la fin de cette influence gabonaise sur la vie politique française sous la présidence de Jacques Chirac.

L'essayiste revient également sur le choix d'Albert Bongo, futur Omar Bongo, comme successeur de Léon M'Ba : une décision qu'il attribue à Jacques Foccart et à la cellule Afrique de l'Élysée, ayant nécessité une modification de la Constitution gabonaise. Il compare cette manœuvre à l'accession de Vladimir Poutine à la présidence russe par intérim en 1999.

Sur le franc CFA, Fabre reproche moins sa création en 1945 que son maintien jusqu'en 2026, alors que la monnaie continue d'être frappée en France, à Chamalières. Il y voit une question démocratique, aucun pays africain n'ayant voté son adhésion à la zone franc contrairement aux citoyens français lors de l'entrée dans l'euro. L'auteur reprend enfin le terme de « colonisation inversée », emprunté à l'ancien patron de la DGSE Bernard Marion, pour qualifier le financement par Libreville de partis politiques français.

À l'approche du troisième anniversaire du renversement d'Ali Bongo, le 30 août, Fabre salue la stratégie de souveraineté engagée par le président Brice Oligui Nguema, qui mise sur une première transformation locale des matières premières. Il estime que la relation franco-gabonaise s'oriente désormais vers un rééquilibrage d'égal à égal entre les deux pays.

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