(AfriquesPlus) La presse africaine de ce vendredi est dominée par la crise politique en RDC, l’aggravation de l’épidémie d’Ebola, les difficultés sécuritaires du Nigeria et les recompositions politiques dans plusieurs grands pays du continent. En Afrique du Sud, l’économie et les tensions sociales restent au premier plan, tandis que le dossier du Nil continue de rapprocher dangereusement l’Égypte et l’Éthiopie.
AFRIQUE DU SUD — Le rand surveille les décisions américaines, les Springboks mobilisent le pays
L’actualité économique sud-africaine est marquée ce vendredi par la légère progression du rand, les investisseurs attendant le discours du président de la Réserve fédérale américaine, Kevin Warsh, au symposium de Jackson Hole. Les marchés sud-africains restent donc particulièrement sensibles à l’évolution future des taux américains.
Autre information économique importante : Northam Platinum annonce une envolée de près de huit fois de son bénéfice annuel, portée par une production record et des prix élevés du platine. Le groupe va verser son dividende final le plus élevé jamais enregistré. C'est un signal intéressant sur la vigueur retrouvée d'une partie du secteur minier sud-africain.
Sur le terrain sportif, les Springboks se préparent à affronter les All Blacks samedi au Cap. Une victoire permettrait à l’Afrique du Sud de reprendre la première place mondiale du rugby.
NIGERIA — Crise sécuritaire et bataille politique autour de Tinubu
Le Nigeria reste l’un des principaux foyers d’inquiétude sécuritaire du continent. Une étude publiée cette semaine par SBM Intelligence, reprise par Reuters, révèle que les enlèvements ont généré près de 5,8 millions de dollars de rançons entre juillet 2025 et juin 2026. Durant cette période, 7 825 personnes auraient été enlevées, soit une hausse de 66 % en un an, et au moins 1 142 personnes auraient été tuées.
La question sécuritaire prend une dimension politique à l’approche de la présidentielle. La campagne électorale pour 2027 a commencé et la capacité du gouvernement de Bola Tinubu à améliorer la sécurité et le niveau de vie sera l’un des grands sujets de la compétition.
La presse nigériane s’intéresse également à la recomposition de l’opposition. Les principaux adversaires de Tinubu, notamment Atiku Abubakar et Peter Obi, cherchent à rapprocher leurs forces avant la présidentielle.
Autre évolution spectaculaire : le président de la Fédération nigériane de football, Ibrahim Gusau, a démissionné avec le secrétaire général Mohammed Sanusi après les échecs successifs des équipes nationales. Le Nigeria n’a notamment pas obtenu sa qualification pour la Coupe du monde masculine et les Super Falcons ont manqué, pour la première fois, une Coupe du monde féminine.
ÉGYPTE — Le Caire durcit le ton face à l’Éthiopie
L’une des grandes questions géopolitiques africaines demeure la confrontation entre l’Égypte et l’Éthiopie autour du Nil.
La presse égyptienne continue de placer ce dossier au premier plan. Ahram souligne notamment les nouvelles tensions autour des projets éthiopiens de barrages supplémentaires et rappelle les déclarations du président Abdel Fattah al-Sissi affirmant que les forces armées égyptiennes sont prêtes à défendre le pays contre toute menace extérieure.
Le dossier dépasse désormais largement la question technique du barrage de la Renaissance : pour Le Caire, l’eau du Nil relève directement de la sécurité nationale. Les tensions avec Addis-Abeba se doublent d’une compétition d’influence dans la Corne de l’Afrique et autour de la mer Rouge.
Sur le plan énergétique, Reuters rapporte par ailleurs qu’Energean négocie exclusivement avec BP pour acquérir certains actifs pétroliers et gaziers du groupe britannique en Égypte. L’opération pourrait atteindre environ un milliard de dollars.
Enfin, une information sanitaire importante rapproche indirectement l’Égypte du dossier Ebola : CEPI va investir jusqu’à 16,5 millions de dollars dans Minapharm, entreprise pharmaceutique égyptienne, pour développer un vaccin expérimental contre le virus Ebola Bundibugyo et permettre son passage aux essais cliniques.
ÉTHIOPIE — Addis-Abeba au cœur de la diplomatie sanitaire africaine
L’actualité éthiopienne du jour est moins abondante dans les grandes agences que celle du Nigeria ou de la RDC. Addis-Abeba accueille toutefois cette semaine la 76e session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique, réunissant les ministres de la Santé et responsables sanitaires des 47 pays de la région. La réunion s’achève ce vendredi.
Les ministres africains de la Santé ont notamment adopté aujourd’hui un cadre décennal destiné à préserver les progrès réalisés dans la lutte contre la poliomyélite.
Cette réunion donne à l’Éthiopie une importante vitrine diplomatique au moment où le pays reste au centre de plusieurs dossiers régionaux : Nil, Soudan, Érythrée, accès à la mer et sécurité dans la Corne de l’Afrique.
La question égypto-éthiopienne reste cependant la plus sensible. Le dossier du Nil ne se limite plus au barrage de la Renaissance et s’inscrit désormais dans une compétition plus large pour l’influence régionale.
RDC — Tshisekedi lance un dialogue national, mais exclut le M23
C’est probablement l’une des informations politiques africaines les plus importantes de ce vendredi.
Le président congolais Félix Tshisekedi a annoncé le lancement d’un processus de dialogue national destiné à réduire les tensions politiques dans le pays. Les consultations doivent commencer dans les 26 provinces avant de déboucher sur une rencontre nationale à Kinshasa.
Mais Kinshasa pose immédiatement une limite majeure : les groupes armés et les acteurs considérés comme agissant pour des puissances étrangères ne participeront pas au dialogue. Le M23/AFC est donc explicitement exclu.
Cette décision intervient alors qu’un débat explosif se développe autour de la réforme constitutionnelle. Les adversaires de Tshisekedi craignent que celle-ci puisse lui permettre de briguer un troisième mandat, alors que la Constitution actuelle limite le président à deux mandats.
Ebola : une crise sanitaire historique
La situation sanitaire est tout aussi préoccupante.
La RDC a commencé à vacciner les personnels de santé et les travailleurs en première ligne contre Ebola. Selon les chiffres communiqués jeudi, l’épidémie avait atteint 5 713 cas confirmés et 2 744 décès.
Le problème est particulièrement complexe : l’épidémie actuelle est provoquée par le virus Bundibugyo, pour lequel il n'existe pas encore de vaccin homologué spécifique ni de traitement spécifique. Le vaccin Ervebo est donc utilisé dans un cadre particulier, tandis que des essais cliniques sont menés.
L’ONU demande parallèlement 1,1 milliard de dollars supplémentaires pour financer sa réponse humanitaire en RDC, avertissant que les ressources disponibles pourraient ne suffire que pour quelques semaines.
AES — Une confédération qui cherche à consolider ses structures
Dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel, l’actualité récente est dominée par la consolidation institutionnelle de la nouvelle organisation.
Le Parlement confédéral de l’AES, composé de 45 députés, a été installé cette semaine, une nouvelle étape dans la construction institutionnelle du regroupement Mali-Burkina Faso-Niger.
À Bamako, une rencontre consacrée à la paix a également réuni des médiatrices et représentantes d’organisations féminines de plusieurs pays africains.
Mais derrière cette construction institutionnelle, la question essentielle reste celle de la sécurité. L’AES cherche toujours à démontrer qu’elle peut construire une réponse autonome aux groupes armés, tout en approfondissant sa coopération politique, économique et diplomatique.
Un autre sujet mérite l’attention : les différences de prix des carburants au sein de l’UEMOA. Le Niger maintient notamment un prix officiel de l’essence nettement inférieur à celui observé dans plusieurs autres pays de l’Union, tandis que les pays de l’AES poursuivent des politiques économiques différentes de celles de leurs voisins.
EN BREF…EN BREF..EN BREF
Ghana : l’aide internationale sous pression
Le Ghana est confronté à un déficit de financement de 78,2 millions de dollars pour maintenir certains programmes de vaccination des enfants, conséquence notamment de la réduction de plusieurs financements extérieurs.
Zambie : nouvelle tension politique
En Zambie, l’opposition reste sous pression à l’approche des échéances électorales. Le chef de l’opposition Brian Mundubile a notamment été interrogé dans le cadre d’une affaire qualifiée de « trahison » par les autorités.
Mauritanie : nouveau secrétaire général de l’OCI
Le Mauritanien Ismail Ould Cheikh Ahmed a été élu à l’unanimité secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique.
Sénégal : Dakar à l’honneur
La presse africaine signale également ce vendredi la démolition par la mairie de Dakar de plusieurs bâtiments menaçant ruine, ainsi que les discussions entre les autorités sénégalaises sur l’ECO et la lutte antiterroriste au sein de la CEDEAO.
Le regard d’AfriquesPlus
Trois dynamiques se détachent aujourd’hui : la montée des crises sécuritaires, la bataille pour le contrôle des ressources stratégiques — eau, minerais, énergie — et la recomposition des alliances africaines. Du Nil à l’AES, de Kinshasa à Abuja, les États africains cherchent de plus en plus à défendre leurs intérêts avec des instruments politiques et sécuritaires autonomes. La question est désormais de savoir si ces nouvelles architectures produiront davantage de stabilité ou de nouvelles lignes de fracture.