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Haïti : Washington expulse, Cap-Haïtien accueille des migrants sans repères
Un vol d’expulsion en provenance des États-Unis a atterri à Cap-Haïtieni. L’aéroport international de Port-au-Prince étant jugé trop dangereux pour accueillir ce type d’opération, les autorités américaines ont choisi cette plateforme du nord du pays
 

(AfriquesPlus) Les États-Unis ont renvoyé jeudi plusieurs dizaines de personnes vers Haïti, malgré une situation sécuritaire toujours très dégradée. Parmi les expulsés figurent des personnes ayant vécu de longues années aux États-Unis et désormais confrontées à un retour dans un pays qu’elles connaissent parfois à peine.

Un nouveau vol d’expulsion en provenance des États-Unis a atterri jeudi à Cap-Haïtien, dans le nord d’Haïti. L’aéroport international de Port-au-Prince étant jugé trop dangereux pour accueillir ce type d’opération, les autorités américaines ont choisi cette plateforme du nord du pays.

Selon l’Office national des migrations haïtien, plus de 50 personnes, dont deux mineurs, se trouvaient à bord de l’avion.

Ce renvoi intervient alors que le pays reste confronté à une grave crise sécuritaire, marquée par la violence des gangs. Une récente attaque aurait notamment fait 47 morts et plus de 50 enlèvements, accentuant les inquiétudes sur les conditions d’accueil et de réinstallation des personnes expulsées.

Un retour dans un pays qu’il ne connaît pas

Parmi les expulsés se trouvait Jay Dabelus, un boxeur professionnel né aux Bahamas. Arrivé aux États-Unis alors qu’il était encore enfant, il y a vécu pendant plus de vingt ans avant d’être placé en détention puis expulsé vers Haïti.

Son témoignage illustre le profond décalage qui peut exister entre le pays vers lequel une personne est renvoyée et le pays qu’elle considère réellement comme le sien.

À son arrivée, Dabelus a expliqué ne pratiquement rien connaître d’Haïti et ne disposer sur place ni ressources, ni famille, ni réseau susceptible de l’aider.

Son cas souligne l'une des principales difficultés soulevées par ces expulsions : le retour administratif dans un pays d’origine ne signifie pas nécessairement un retour dans un environnement familier ou viable.

Deuxième vol depuis la fin du TPS

Cette opération constitue le deuxième vol d’expulsion organisé depuis la fin du statut de protection temporaire (TPS) dont bénéficiaient quelque 350 000 Haïtiens vivant aux États-Unis.

Le premier vol, le 20 août, avait transporté plus de 160 personnes, dont certaines bénéficiaient également du TPS.

La fin de cette protection fait ainsi entrer de nombreux Haïtiens vivant depuis des années aux États-Unis dans une nouvelle période d’incertitude, alors que leur pays traverse une crise multidimensionnelle.

Des expulsés qui cachent leur visage

À leur arrivée à Cap-Haïtien, plusieurs personnes expulsées ont choisi de se couvrir le visage.

Ce geste, déjà observé lors du précédent vol, témoigne des craintes liées à leur sécurité. Dans un pays où les gangs contrôlent de vastes territoires et où les violences restent importantes, certains expulsés redoutent manifestement d’être identifiés ou de devenir des cibles.

Cette situation donne une dimension particulièrement préoccupante aux expulsions : les personnes renvoyées ne retrouvent pas seulement un pays en crise, elles peuvent également y arriver sans moyens financiers, sans logement et sans réseau familial.

Washington face aux critiques

La multiplication des expulsions intervient donc dans un contexte particulièrement sensible. D'un côté, les États-Unis mettent en œuvre leur politique migratoire en renvoyant vers Haïti des personnes qui ne bénéficient plus d'un statut de protection. De l'autre, la situation sur le terrain soulève des interrogations sur les conditions concrètes de leur réinstallation.

Pour les autorités haïtiennes, le défi est considérable : accueillir ces personnes alors que les capacités de l'État sont déjà fortement éprouvées par l'insécurité et les déplacements de population.

Un retour qui pose la question de la protection

Au-delà des chiffres, ces expulsions mettent en lumière une question fondamentale : peut-on organiser le retour de milliers de personnes vers un pays plongé dans une crise sécuritaire majeure sans garanties suffisantes sur leur protection et leur réinsertion ?

Le cas de Jay Dabelus résume à lui seul ce dilemme. Né ailleurs, arrivé très jeune aux États-Unis et y ayant passé l’essentiel de sa vie adulte, il se retrouve désormais en Haïti sans ressources et sans véritable point d’ancrage.

Pour ces nouveaux arrivants, l'expulsion ne constitue donc pas seulement la fin d'un statut migratoire : elle peut marquer le début d'une nouvelle épreuve dans un pays qu'ils connaissent parfois à peine.

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
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