(AfriquePlus) - Depuis le putsch d'août 2023, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema poursuit une vaste offensive judiciaire et financière contre l'ex-famille présidentielle Bongo, autour d'un patrimoine estimé à plus de 1 500 milliards de francs CFA. Une enquête fouillée de Jeanne Le Bihan pour Jeune Afrique, publiée le 28 août 2026, en retrace les coulisses.
L'enquête part d'un symbole : le domaine d'Oyo, immense propriété léguée par Omar Bongo à Libreville, dont le parc animalier a été ouvert au public tandis que la résidence, saisie après le coup d'État, a finalement été rendue à une partie de la fratrie Bongo-Ondimba. Jeune Afrique décrit un jeu de chaises musicales similaire autour d'autres biens emblématiques — la résidence de Franceville, la Maison marocaine où Noureddin Bongo-Valentin fut arrêté en 2023, ou encore la villa Nam, décrite au procès comme une « cathédrale de vanité » ayant coûté environ 80 milliards de francs CFA, un montant contesté par la famille.
Selon Jeune Afrique, cette chasse aux avoirs est pilotée par des proches directs du président gabonais : Davy-Steve Yalis, patron des services spéciaux, pour le volet opérationnel, et Diane Moussounda, belle-sœur du chef de l'État, pour le volet judiciaire. L'article rapporte les accusations de séquestration et de tortures portées par le clan Bongo contre certains collaborateurs d'Oligui Nguema, fermement démenties côté gabonais, qui y voit une confusion entretenue par la famille déchue entre négociateurs et enquêteurs.
D'après un rapport confidentiel de l'Agence nationale d'investigation financière consulté par JA, l'ancienne famille présidentielle aurait fait transiter des fonds via une trentaine de sociétés basées notamment au Royaume-Uni, aux Émirats arabes unis et au Maroc, pour des débits cumulés avoisinant 2 900 milliards de francs CFA et des actifs estimés à plus de 1 500 milliards. Sylvia et Noureddin Bongo, aujourd'hui en exil à Londres, ont été condamnés par contumace en novembre 2025 à vingt ans de réclusion, une décision qu'ils contestent fermement, affirmant n'avoir commis aucun crime financier et dénonçant des aveux obtenus sous la contrainte.
L'enquête souligne les difficultés rencontrées par les autorités gabonaises pour récupérer les avoirs situés à l'étranger, plusieurs pays sollicités, dont le Royaume-Uni, la France et le Maroc, n'ayant que peu coopéré selon l'ANIF elle-même. Aucune résidence des Bongo-Valentin à l'étranger — à Londres comme à Marrakech — n'a pu être saisie à ce jour, tandis que la banque gabonaise BGFI aurait dans un premier temps refusé de transmettre des informations sur les comptes du clan avant de finalement s'exécuter après le jugement de novembre 2025.
Le magazine rappelle enfin que cette traque pourrait s'étendre à un empire plus vaste encore, celui de l'ensemble des héritiers d'Omar Bongo, à travers le holding Delta Synergie, présenté comme le « coffre-fort » historique de la famille et dont un audit avait été annoncé sans qu'aucune saisie n'ait, à ce jour, été officiellement annoncée. Le président Oligui Nguema continuerait par ailleurs à faire pression sur ses partenaires diplomatiques, dont la France, pour obtenir l'exécution effective des décisions de justice gabonaises à l'étranger.