(AfriquePlus) - En popularisant « Sodade » dans les années 1990, Cesária Évora a fait connaître au monde entier une page méconnue de l'histoire du Cap-Vert : celle des dizaines de milliers de Capverdiens envoyés comme main-d'œuvre à São Tomé sous la colonisation portugaise. RFI en retrace l'histoire dans un article publié le 29 août 2026.
Colonie portugaise frappée par la sécheresse et la famine dans les années 1950, le Cap-Vert poussait alors nombre de ses habitants à accepter des contrats de travail vers une autre possession portugaise, São Tomé, sans savoir qu'ils s'engageaient bien souvent dans un exil sans retour, le déchirement que porte précisément ce mot créole désignant la nostalgie.
À São Tomé, où l'économie du cacao et du café manquait de bras depuis l'abolition de l'esclavage, ces travailleurs capverdiens étaient recrutés sous le nom de « contratados ». Derrière la promesse d'un salaire et d'un retour au pays se cachait en réalité, selon les témoignages recueillis au fil des années, un système de rémunérations dérisoires et de déplacements contrôlés, rendant quasiment impossible toute rupture de contrat.
L'article revient sur l'origine intime du titre, composé par Armando Zeferino Soares après avoir vu des proches embarquer pour São Tomé sans jamais recevoir de leurs nouvelles. Popularisée d'abord par le chanteur angolais Bonga, la chanson devient un hymne mondial lorsque Cesária Évora l'enregistre en 1992, portée par sa voix devenue emblématique de la mémoire capverdienne.