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Au Cameroun, l'Allemagne face aux fantômes de son passé colonial
Restes humains, objets de culte, archives... La restitution de six crânes ouvre un vaste chantier de mémoire, observe Georges Dougueli dans le premier volet de sa série publiée par Jeune Afrique
 

(AfriquesPlus) - Trois valises rigides, embarquées à Francfort. C'est ainsi que les restes de six chefs camerounais ont quitté l'Allemagne, à l'issue d'une cérémonie tenue le 16 juillet 2026 à l'université de Fribourg, raconte Georges Dougueli dans Jeune Afrique, le 8 septembre 2026. Les crânes, conservés depuis un siècle dans des bocaux, appartiennent à Nkal Mentsouga, Okang, Ngoen, Bobele, Bonanga et Aulemaku. Capturés en 1905 à l'est du Cameroun après une expédition punitive, ils avaient été exécutés sans procès, selon la loi martiale.

Le gouvernement allemand avait autorisé le rapatriement le 5 juillet. Une délégation de chefs traditionnels, d'universitaires et de hauts fonctionnaires camerounais a accompagné l'opération. Des obsèques doivent suivre au Cameroun, à une date qui n'est pas fixée. Dix autres chefs ont été exécutés à Doumé en 1910, mais on ignore où reposent leurs restes.

Pour Albert Gouaffo, professeur à l'université de Dschang, la recherche « n'en est encore qu'à ses balbutiements ». Selon lui, les laboratoires allemands conserveraient environ 400 restes humains venus du Cameroun, voire 600 selon d'autres estimations. Ces ossements provenaient de résistants tués ou exécutés, mais aussi de personnes mortes lors de travaux forcés. Envoyés en Europe, ils ont servi à des études anthropologiques, notamment à la demande d'Eugen Fischer, eugéniste qui enseigna à Fribourg avant de diriger l'université de Berlin sous le régime nazi.

Le dossier dépasse les ossements. Les musées allemands conserveraient plus de 40 000 objets camerounais, éparpillés dans tout le pays : plus de 8 000 au Linden Museum de Stuttgart, environ 5 000 à Berlin et autant à Leipzig. Paris en compte environ 7 840 au musée du quai Branly, et le British Museum 1 468, alors que Paris et Londres ont occupé le Cameroun bien plus longtemps que l'Allemagne.

À l'Est, des élus de Doumé, d'Atok et de Nguelemendouka demandent la construction de musées sur les sites des anciens palais incendiés par les troupes du major Hans Dominik.

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