(AfriquesPlus) - Le secteur ouest-africain du cacao se retrouve sous pression à l’approche de l’entrée en vigueur des nouvelles règles européennes contre la déforestation. Dans un article publié le 17 août 2026, Reuters alerte sur les difficultés rencontrées notamment par la Côte d’Ivoire et le Nigeria pour mettre leurs chaînes d’approvisionnement en conformité avec les exigences européennes.
Le règlement européen sur la déforestation (EUDR) doit entrer en application à la fin décembre 2026. Il impose aux importateurs de démontrer que le cacao commercialisé sur le marché européen n’a pas été produit sur des terres récemment déboisées et de pouvoir retracer les fèves jusqu’aux parcelles où elles ont été cultivées. Les opérateurs doivent également prouver que la production respecte la législation du pays d’origine.
L’enjeu est considérable pour l’Afrique de l’Ouest, qui fournit environ 70 % du cacao mondial et expédie près des deux tiers de sa production vers l’Union européenne, selon les données citées par Reuters. Or, le secteur repose largement sur des centaines de milliers de petits producteurs installés dans des zones rurales et parfois difficiles d’accès, ce qui complique la cartographie des exploitations et la traçabilité des fèves.
Au Nigeria, la situation apparaît particulièrement préoccupante. Le pays compte environ 300 000 producteurs de cacao, principalement de petite taille. Des experts du secteur estiment que les agriculteurs produisant plus de la moitié des fèves nigérianes pourraient ne pas être en mesure de satisfaire les nouvelles exigences européennes lorsque le règlement entrera en vigueur.
La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, fait face à une difficulté similaire. Selon une étude de l’organisation Trase publiée en mai, seulement environ la moitié du cacao ivoirien peut actuellement être retracée jusqu’à la parcelle où il a été produit. La multiplication des intermédiaires et le caractère indirect d’une partie des circuits d’approvisionnement compliquent fortement les opérations de traçabilité.
La mise en conformité représente par ailleurs un coût important pour les exportateurs. Au Nigeria, Sunbeth Global affirme avoir cartographié au cours des trois dernières années 124 000 hectares de terres agricoles couvrant environ 60 000 tonnes de cacao de sa chaîne d’approvisionnement. L’entreprise estime le coût de ces opérations entre 30 et 70 dollars par tonne, auxquels s’ajoutent les dépenses liées à la formation des producteurs, au recrutement d’agents de terrain et au suivi de la durabilité.
D’autres exportateurs nigérians font face aux mêmes contraintes. Starlink Global and Ideal, présenté par Reuters comme le premier exportateur de cacao du Nigeria, indique avoir consacré entre 40 et 80 dollars par tonne depuis 2023 à la cartographie et à la traçabilité de sa chaîne d’approvisionnement. Ces investissements n’auraient toutefois pas encore été compensés par les acheteurs européens, ce qui pèse sur les marges des entreprises.
Au-delà des coûts, c’est le risque d’une perturbation des approvisionnements européens qui inquiète les acteurs du secteur. Selon Nicko Debenham, consultant en durabilité et ancien négociant de cacao cité par Reuters, l’Union européenne pourrait connaître des difficultés à obtenir suffisamment de cacao conforme auprès des exportateurs indirects ou des fournisseurs tiers. Il estime que cette tension sur l’offre pourrait durer environ deux ans et favoriser les producteurs et exportateurs ayant investi dans la conformité.
Pour l’Afrique de l’Ouest, le défi dépasse donc la seule question environnementale. La nouvelle réglementation européenne oblige une filière largement dominée par les petits producteurs à accélérer sa transformation numérique, à renforcer la traçabilité et à mobiliser des ressources financières importantes. Dans son article publié le 17 août 2026, Reuters souligne ainsi que l’incapacité à se conformer rapidement aux nouvelles règles pourrait réduire les exportations ouest-africaines vers l’Europe et renchérir les coûts pour l’industrie chocolatière.