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Chimamanda Adichie, un lien brisé avec son pays natal
Dans un entretien accordé au New York Times, l'écrivaine nigériane revient sur la mort de son fils de 21 mois à Lagos, survenue dans des circonstances troubles. Un drame qui a durablement transformé son regard sur le pays qui a nourri toute son œuvre
 

(AfriquesPlus) - L'écrivaine nigériane revient, dans un entretien accordé au New York Times, sur les circonstances troubles ayant entouré le décès de son fils de 21 mois à Lagos. Une épreuve qui a durablement transformé son rapport à son pays natal.

L'écrivaine Chimamanda Ngozi Adichie et son mari, le médecin Ivara Esege, passaient les fêtes de fin d'année à Lagos en décembre dernier lorsque l'un de leurs jumeaux, Nkanu, 21 mois, a présenté les symptômes d'un rhume, avant que la fièvre ne s'installe, selon un long entretien accordé au New York Times (NYT) et publié le 10 septembre 2026 sous la plume de Veronica Chambers. Inquiet d'une possible maladie de Kawasaki atypique, le couple a fait admettre l'enfant à la clinique Euracare pour des examens complémentaires avant un transfert prévu vers l'hôpital Johns Hopkins, aux États-Unis. C'est lors d'une IRM cérébrale, l'enfant placé sous anesthésie au propofol, que le drame a basculé, un médecin annonçant à Adichie, selon ses propres mots rapportés au New York Times, qu'il avait reçu « trop de propofol ». Nkanu a fait un arrêt cardiaque et est mort dans les vingt-quatre heures suivantes.

L'article révèle que le médecin en charge, Tosin Majekodunmi, que l'écrivaine considérait comme un ami de la famille, lui aurait pourtant affirmé plus tard que tout allait bien et que l'équipe avait « récupéré » l'enfant. Son époux, resté sur place, a découvert dans le rapport médical destiné à l'ambulance aérienne que les pupilles de Nkanu étaient fixes et dilatées, et que son score sur l'échelle de coma de Blantyre était au plus bas, signe d'une absence totale de fonction cérébrale. Selon le NYT, Ivara Esege dit avoir compris à ce moment que son fils était déjà perdu, sans oser en informer immédiatement son épouse, un choix qu'elle découvre en partie au moment de l'entretien, plusieurs mois après les faits.

Le couple a saisi le Conseil médical et dentaire du Nigeria, qui a conclu en février à une négligence initiale de trois médecins, dont Tosin Majekodunmi et l'anesthésiste Titus Ogundare, tous deux suspendus dans l'attente d'une audience formelle. Une enquête judiciaire distincte, menée par un tribunal du coroner, a depuis été repoussée à l'automne, Adichie accusant la clinique Euracare de mener un « jeu cynique et monstrueux » pour retarder la procédure. L'article rapporte qu'un avocat de l'établissement a même accusé le couple d'avoir détruit des preuves en faisant incinérer leur fils, une allégation qui a profondément choqué les parents, ni Euracare ni les médecins mis en cause n'ayant répondu aux sollicitations du New York Times.

Le journal replace ce drame dans le contexte plus large d'un système de santé nigérian fragilisé, citant une estimation de la Banque mondiale selon laquelle le pays ne compte que 0,4 médecin pour 1 000 habitants, contre 3,7 aux États-Unis. Pour Chimamanda Ngozi Adichie, dont l'œuvre a toujours fait du Nigeria une terre d'attache viscérale pour ses personnages, cette perte a bouleversé durablement son rapport au pays. « Mes sentiments envers le Nigeria ont changé », confie-t-elle au New York Times, ajoutant ne plus vouloir y retourner, alors même qu'un déplacement y était prévu, motivé selon elle uniquement par le désir de ses autres enfants d'y retrouver ce qu'ils considèrent comme leur « endroit heureux ».

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