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Djibouti, au cœur des nouvelles routes migratoires
Entre les crises de la Corne de l’Afrique et les politiques européennes de contrôle des frontières, Djibouti est devenu un point stratégique des mobilités régionales. Une étude de l’Ifri montre comment le pays se retrouve au croisement de plusieurs enjeux
 

(AfriquesPlus) - Djibouti s’impose comme un point stratégique des mobilités dans la Corne de l’Afrique, au croisement des enjeux migratoires, sécuritaires et géopolitiques. Dans une étude publiée ce 18 septembre 2026 par l’Institut français des relations internationales (Ifri), les chercheurs Tristan Coloma et Yoan Cadic analysent la place croissante du pays dans les routes migratoires régionales et les tensions de gouvernance qu’elles font apparaître.

Les auteurs replacent cette évolution dans un contexte régional marqué par les conflits au Soudan et en Éthiopie, les difficultés économiques, les pressions démographiques et les dérèglements climatiques. Ces facteurs contribuent à l’augmentation des déplacements de population dans la Corne de l’Afrique, qui compterait 26,3 millions de personnes déplacées. Djibouti occupe une position particulière en raison de sa situation entre la région et la péninsule Arabique. Les flux migratoires qui le traversent ont notamment augmenté de 72 % en 2024.

L’étude montre que Djibouti ne constitue pas uniquement un territoire de passage. Le pays est devenu un espace où se rencontrent les politiques migratoires de plusieurs acteurs internationaux. L’Union européenne et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) y développent notamment des dispositifs visant à mieux contrôler les mobilités et à renforcer la gestion des frontières. Pour les chercheurs, cette présence internationale participe à transformer la migration en un enjeu diplomatique et sécuritaire.

Coloma et Cadic s’intéressent également à la manière dont les autorités djiboutiennes utilisent la question migratoire dans leur action publique. Les expulsions, le contrôle des frontières et la coopération avec les organisations internationales deviennent ainsi des instruments pouvant servir des objectifs politiques et diplomatiques. Cette gouvernance implique une multitude d’acteurs : administrations nationales, forces de sécurité, OIM, HCR, Union européenne, IGAD et Union africaine.

L’étude souligne cependant les difficultés rencontrées par ces différents acteurs. Les auteurs évoquent des problèmes de coordination, des soupçons de corruption et de captation des ressources, ainsi que l’implication présumée de certains acteurs étatiques dans des réseaux de trafic. Plusieurs dispositifs internationaux, notamment le projet Rock d’Interpol, le Plan régional d’aide aux migrants et le système MIDAS, peinent selon eux à enrayer les économies illicites qui se développent dans un environnement régional instable.

Les chercheurs invitent finalement à dépasser l’idée de Djibouti comme simple « pays de transit ». Le pays apparaît plutôt comme un acteur de la gouvernance migratoire régionale, pris entre la défense de sa souveraineté, ses obligations internationales, les impératifs de sécurité et les bénéfices économiques associés à sa position stratégique. L’étude plaide ainsi pour une approche plus globale des migrations, intégrant leurs dimensions économiques, sociales, politiques et sécuritaires, et pour une lecture critique des politiques européennes d’externalisation des frontières.

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