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Du GSPC au Jnim, la même grammaire jihadiste depuis vingt ans au Sahel
Des blocus de localités entières aux taxes imposées sur les axes commerciaux, la mouvance jihadiste née en 2006 n'a jamais reculé. Elle a simplement changé de sigle
 

(AfriquesPlus) - Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim) verrouille aujourd'hui des pans entiers du Mali, du Burkina Faso et du Niger, imposant des blocus à des localités entières et taxant les axes commerciaux. Cette stratégie de contrôle territorial n'est pas née de rien, comme le retrace Farid Bahri dans un article publié par Jeune Afrique le 11 septembre 2026 ; elle prolonge un basculement amorcé il y a vingt ans, lorsqu'une organisation algérienne a choisi de déplacer son centre de gravité vers le Sahel plutôt que de rester cantonnée au seul Maghreb.

Tout part de la « décennie noire » algérienne des années 1990, lorsque la répression du Front islamique du salut pousse une partie de sa base vers la lutte armée. De cette matrice naît le Groupe islamique armé, puis, par scission en 1998, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) d'Abdelmalek Droukdel. À la différence de ses devanciers, Droukdel, ingénieur de formation, cherche à internationaliser son combat jusqu'en Europe, une ambition qui retient l'attention d'Al-Qaïda. L'union est scellée le 11 septembre 2006 et formalisée sous le nom d'Aqmi en janvier 2007, une organisation qui, selon l'historien Jean-Pierre Filiu cité par Jeune Afrique, s'inscrit dans la filiation directe de l'allégeance prêtée à Ben Laden dès 1988.

L'échec de l'implantation d'Aqmi au Maroc et en Tunisie n'est pas un détail ; il explique à lui seul la réorientation stratégique vers la Mauritanie et le Mali qui a façonné vingt ans de conflictualité sahélienne. Faute de pouvoir s'enraciner au Maghreb, l'organisation s'appuie sur des katibas mobiles, financées par la contrebande et les prises d'otages, et sur des figures comme Mokhtar Belmokhtar, que Le Monde qualifiait en 2017 de « l'une des branches les plus actives d'Al-Qaïda ».

L'attentat-suicide de Nouakchott, en août 2009, et l'intensité des opérations dans le nord du Mali précipitent le lancement, en 2014, de l'opération française Barkhane. Celle-ci obtient un succès notable en juin 2020 avec l'élimination de Droukdel par les forces françaises, un épisode que Farid Bahri, dans JA, situe comme la fin d'une génération de fondateurs algériens. Mais l'opération ne parvient pas à éradiquer la mouvance. Le retrait progressif des troupes françaises du Sahel, achevé en 2022-2023, laisse le champ largement libre au Jnim, qui hérite du maillage territorial et des réseaux de financement bâtis par Aqmi durant la décennie précédente.

Ce qui frappe, vingt ans après, c'est la continuité des méthodes plus que la rupture des sigles : contrôle des routes commerciales, alliances mouvantes avec des communautés locales, et instrumentalisation des frontières poreuses entre Mali, Mauritanie, Niger et Burkina Faso restent la grammaire d'une insurrection qui a simplement changé de génération dirigeante.

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