(AfriquesPlus) - Les développeurs africains sont de plus en plus nombreux à privilégier les modèles d’intelligence artificielle chinois au détriment des solutions américaines, principalement en raison de leur coût, de leur accessibilité et de leur capacité à être adaptés aux réalités locales. C’est ce que rapporte WeeTracker dans un article, en s’appuyant notamment sur une analyse récente du New York Times.
L’exemple de l’Ougandais Ernest Mwebaze, ancien chercheur chez Google, illustre cette évolution. Après avoir comparé plusieurs outils américains et chinois pour développer une solution destinée aux nombreuses langues locales de l’Ouganda, il a finalement retenu Qwen, le modèle d’Alibaba. Son système, baptisé Sunflower, est aujourd’hui utilisé par des agriculteurs pour obtenir des informations météorologiques et agricoles dans leurs langues.
Cette tendance dépasse largement le cas ougandais. Au Kenya, au Nigeria ou encore au Ghana, des entrepreneurs et développeurs expérimentent des modèles chinois pour des applications juridiques, commerciales, éducatives ou conversationnelles. Selon des données d’OpenRouter citées par le New York Times, les modèles chinois open source représenteraient désormais environ la moitié de leur utilisation, contre moins d’un quart un an auparavant.
Le principal argument reste économique. Les modèles américains, souvent propriétaires et accessibles sur abonnement, apparaissent moins adaptés aux contraintes matérielles de nombreux développeurs africains. À l’inverse, des modèles comme DeepSeek, Qwen ou Kimi peuvent être téléchargés, modifiés et adaptés aux besoins spécifiques des utilisateurs. Selon l’entrepreneur kényan Moses Kemibaro, cette différence pourrait rendre certaines solutions chinoises jusqu’à 90 % moins coûteuses.
« Ce qui compte, c’est de savoir si cela fournit les capacités dont vous avez besoin », résume le développeur kényan Michael Michie, cité par WeeTracker.
L’avantage chinois ne serait toutefois pas uniquement technologique ou financier. Les entreprises chinoises semblent également mener une politique plus offensive d’accompagnement des développeurs africains, avec des crédits gratuits de calcul et un soutien technique direct. Cette stratégie contraste avec l’accès parfois plus contraignant aux programmes proposés par certaines entreprises américaines.
Cette évolution prend également une dimension géopolitique. Plusieurs pays africains, dont le Kenya, l’Éthiopie et l’Afrique du Sud, ont récemment conclu des accords de coopération avec la Chine dans le domaine de l’intelligence artificielle. Les restrictions américaines sur l’exportation de certaines puces vers la Chine auraient même contribué indirectement à renforcer la stratégie chinoise fondée sur les modèles open source et la conquête de nouveaux marchés.
Mais les développeurs africains semblent surtout guidés par des considérations pragmatiques. Ils recherchent des technologies abordables, adaptables et capables de fonctionner avec des infrastructures limitées. L’enjeu n’est donc plus seulement de disposer de l’IA la plus performante, mais de posséder une technologie réellement utilisable dans les contextes africains.
« Les modèles chinois rattrapent leur retard très, très rapidement », observe l’entrepreneur kényan Bernard Momanyi Nyagaka, cité dans l’article.
Pour WeeTracker, cette progression ne signifie pas pour autant que les solutions américaines aient perdu la bataille. Elles demeurent privilégiées dans certains domaines, notamment la programmation et les tâches techniques avancées. Mais le rapport de force évolue rapidement, au point que les choix des développeurs africains pourraient devenir un terrain majeur de la compétition mondiale entre les écosystèmes technologiques chinois et américain.
« Les développeurs africains ont déjà voté avec leurs pieds », conclut l'analyse, soulignant que, derrière la rivalité géopolitique entre Washington et Pékin, les utilisateurs africains arbitrent d'abord en fonction du prix, de l'accessibilité et de l'adaptabilité des technologies.