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FIFA : le « Plan Infantino » avorté relance le débat sur la gouvernance du football mondial
Le projet de Gianni Infantino visant à ouvrir une partie des droits commerciaux de la FIFA à des investisseurs privés aura été de courte durée. Mais son abandon, après une forte contestation en Europe, révèle surtout les profondes fragilités du système...
 

Le projet de Gianni Infantino visant à ouvrir une partie des droits commerciaux de la FIFA à des investisseurs privés aura été de courte durée. Mais son abandon, après une forte contestation en Europe, révèle surtout les profondes fragilités du système de gouvernance du football mondial. À travers cette analyse, la question posée dépasse le simple épisode financier : elle porte sur le pouvoir du président de la FIFA, l’absence de véritables contre-pouvoirs et le rôle que l’Union européenne pourrait jouer dans la régulation du football international. 

 Un projet spectaculaire abandonné en quelques jours

Le projet, révélé fin juillet, prévoyait la création de la FIFA Forward Enterprise (FFE), une société privée destinée à accueillir une partie des droits commerciaux de la FIFA, notamment ceux liés au sponsoring, à la billetterie et aux droits médias.

La FIFA aurait conservé la majorité du capital, tandis que 20 % des parts auraient été proposées à des investisseurs privés. Le fonds Thrive Eternal, associé à la banque américaine J.P. Morgan et dirigé par Joshua Kushner, devait notamment constituer le pool d'investisseurs. 

Officiellement, l'opération devait permettre de dégager d'importantes ressources supplémentaires pour le développement du football. Les fédérations membres auraient ainsi pu recevoir jusqu'à 40 millions d'euros chacune sur la période 2026-2033.

Mais cette opération aurait également eu une conséquence majeure : une partie des futurs revenus commerciaux de la FIFA aurait été destinée aux investisseurs privés plutôt qu'à l'organisation et, indirectement, à ses membres.

 Les motivations d’Infantino au cœur des interrogations

L'analyse estime que les motivations du président de la FIFA pourraient être allées bien au-delà du financement du développement du football.

Gianni Infantino aurait notamment pu chercher à renforcer son influence auprès des fédérations membres, alors que celles-ci constituent le corps électoral appelé à participer à la prochaine élection présidentielle de la FIFA. La distribution immédiate de sommes importantes aurait ainsi pu contribuer à consolider son soutien politique.

Le projet aurait également permis de créer une nouvelle société dont la direction générale aurait, selon l'analyse, pu revenir au président de la FIFA, ouvrant potentiellement la voie à une rémunération beaucoup plus importante que celle liée à son statut actuel. L'auteur évoque enfin l'hypothèse d'une stratégie destinée à préparer l'avenir politique d'Infantino au-delà de la FIFA. 

 L’Europe fait bloc contre le projet

C'est finalement la réaction européenne qui aurait précipité l'abandon du projet.

Alors que l'idée d'associer des investisseurs privés à une organisation sportive pouvait apparaître moins surprenante en Amérique du Nord, elle a suscité une vive opposition en Europe. Les 55 associations membres de l'UEFA se seraient rapidement entendues sur la possibilité de boycotter les compétitions de la FIFA si le projet était adopté.

Cette menace était particulièrement lourde pour la FIFA. Même si l'Europe ne représente pas la majorité des membres de l'organisation mondiale, son poids sportif et économique est considérable. Une Coupe du monde privée des principales sélections européennes aurait mécaniquement perdu une grande partie de son attractivité et de sa valeur commerciale. 

Face à cette résistance, le « plan Infantino » a finalement été abandonné quelques jours seulement après sa révélation.

 Une crise qui révèle surtout les failles de la FIFA

Pour l'auteur, l'épisode ne doit toutefois pas être considéré comme un simple projet financier avorté. Il révèle surtout un problème plus profond : la faiblesse des mécanismes démocratiques et des contre-pouvoirs au sein de la FIFA.

L'organisation compte 211 membres et applique le principe « une association, une voix ». Une petite fédération dispose donc du même poids institutionnel qu'une grande puissance du football. Selon l'analyse, ce système permettrait à un nombre relativement réduit de dirigeants de peser fortement sur les orientations de la FIFA. 

Le programme FIFA Forward, qui redistribue d'importantes ressources aux fédérations membres, est également présenté comme un élément central de ce système. L'auteur considère que cette redistribution financière peut contribuer à consolider le pouvoir du président de la FIFA auprès des petites fédérations.

Des contre-pouvoirs jugés insuffisants

L'analyse s'intéresse également à l'indépendance des instances judiciaires et disciplinaires de la FIFA. Les membres des commissions concernées sont proposés par le Conseil de la FIFA puis élus par le Congrès, qui peut également les révoquer.

Selon l'auteur, cette organisation fragilise leur indépendance, notamment parce que leurs mandats sont limités et renouvelables. Elle pourrait encourager certains membres à éviter les confrontations avec le pouvoir exécutif afin de préserver leurs fonctions. 

Le texte cite notamment l'épisode de Miguel Maduro, ancien président de la Commission de gouvernance, dont la décision concernant la candidature de Vitaly Mutko avait provoqué un affrontement avec la direction de la FIFA. Pour l'auteur, cet épisode aurait envoyé un message dissuasif à ceux qui souhaiteraient s'opposer au président de l'organisation.

La Suisse également mise en cause

Autre acteur pointé du doigt : la Suisse, pays où la FIFA est établie.

Le texte estime que le droit suisse a longtemps offert aux organisations sportives internationales un cadre particulièrement favorable, leur permettant de fonctionner sous le statut d'association avec relativement peu de contraintes.

Cette situation aurait contribué à préserver une gouvernance sportive largement autonome, avec une supervision publique limitée. L'auteur estime ainsi que la Confédération helvétique porte une part de responsabilité dans les difficultés actuelles de gouvernance de la FIFA. 

L’Union européenne appelée à prendre ses responsabilités

Face à cette situation, l'analyse propose une réponse plus ambitieuse : une intervention réglementaire de l'Union européenne.

L'argument avancé est simple : le football international représente un secteur économique majeur en Europe, tandis que la FIFA exerce une influence considérable sur les compétitions, les clubs, les joueurs et les consommateurs européens.

L'Union européenne dispose donc, selon l'auteur, d'un levier économique et sportif suffisamment important pour imposer certaines exigences de gouvernance à la FIFA. 

Parmi les pistes évoquées figure la création d'un « European Sports Act », inspiré du Digital Markets Act, qui imposerait des règles minimales de bonne gouvernance aux organisations sportives internationales opérant sur le marché européen.

Vers une révolution de la gouvernance du football ?

Au-delà du destin du « plan Infantino », l'analyse défend donc une transformation beaucoup plus profonde du système.

L'objectif ne serait plus seulement d'empêcher une opération financière particulière, mais de mettre en place de véritables contre-pouvoirs démocratiques, une plus grande transparence financière et une indépendance renforcée des instances judiciaires et dirigeantes.

L'auteur considère que l'Union européenne possède une occasion historique de s'impliquer davantage dans cette réforme. Son poids économique, sportif et médiatique lui permettrait de peser sur une organisation mondiale que les États pris individuellement ont souvent du mal à contrôler. 

Un projet abandonné, mais une bataille qui ne fait que commencer

L'abandon du projet de FIFA Forward Enterprise aura permis à Gianni Infantino d'éviter une crise majeure à court terme. Mais il laisse intactes les questions fondamentales sur le fonctionnement de la FIFA.

Qui contrôle réellement le pouvoir au sein du football mondial ? Qui contrôle les dirigeants de la FIFA ? Comment garantir l'indépendance de ses instances ? Et jusqu'où les États et l'Union européenne peuvent-ils intervenir dans une organisation sportive transnationale ?

Le « plan Infantino » est peut-être mort avant même d'avoir vu le jour, mais la crise de gouvernance qu'il a révélée, elle, demeure pleinement ouverte.

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