(AfriquesPlus) - À Malabo, l’hôtel Bamy, situé en périphérie de la capitale de la Guinée équatoriale, est devenu un lieu de détention pour 29 personnes expulsées des États-Unis vers ce pays d’Afrique centrale. Dans un article publié le 18 septembre 2026, le New York Times, sous la signature de Megha Rajagopalan et Pranav Baskar, décrit des conditions de détention marquées par les violences, les intimidations et l’absence de garanties juridiques pour les personnes concernées.
Selon le quotidien américain, deux hommes récemment expulsés auraient été cagoulés, ligotés, frappés avec des armes et poussés dans un escalier par des policiers au sein de l’hôtel. Plusieurs témoins et des avocats représentant des détenus ont rapporté ces faits, tandis que l’organisation Amnesty International a également été citée parmi les sources ayant recueilli des témoignages sur les violences.
Les incidents seraient liés notamment à l’utilisation de téléphones portables par les détenus pour communiquer avec des journalistes et des avocats. D’après les témoignages recueillis par le New York Times, les policiers auraient recherché ces appareils et fouillé plusieurs chambres après la diffusion de vidéos montrant les conditions de vie dans l’établissement.
Les deux hommes concernés, Ahmed Soliman, originaire d’Égypte, et Samson Birhane, d’origine érythréenne, ont ensuite été arrêtés. Les autorités les auraient officiellement interpellés pour une affaire de miroir cassé dans l’ascenseur de l’hôtel. Leurs avocats estiment toutefois que ces arrestations seraient liées à leurs démarches pour rendre publiques leurs conditions de détention.
Le quotidien américain rapporte également que plusieurs personnes détenues ont dénoncé l’absence d’eau courante, la mauvaise qualité de la nourriture et le manque de soins médicaux. Un avocat local cité dans l’article affirme avoir constaté l’absence de matériel médical alors que certains détenus souffriraient de problèmes de santé importants. En mai, des experts des Nations unies avaient déjà demandé aux autorités équato-guinéennes de garantir l’accès aux soins et aux besoins essentiels des personnes détenues dans l’hôtel.
Cette situation découle d’un dispositif mis en place par l’administration américaine pour expulser vers des pays tiers des personnes qui ne peuvent pas être renvoyées dans leur pays d’origine en raison des risques de torture ou de persécution. Selon le New York Times, plusieurs des personnes actuellement détenues en Guinée équatoriale n’ont pourtant aucun lien avec ce pays et ne disposent d’aucun statut juridique leur permettant d’y vivre ou d’y travailler.
La Guinée équatoriale fait partie des pays ayant accepté de recevoir des personnes expulsées des États-Unis dans le cadre de cette politique. Le Département d’État américain a par ailleurs documenté des violations des droits humains dans le pays, notamment des cas de torture et de détentions arbitraires, selon le rapport cité par le New York Times.
Les autorités américaines ont défendu le principe de ces expulsions. Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) a déclaré, après la publication de l'article, que les personnes envoyées en Guinée équatoriale avaient été « expulsées vers un pays tiers sûr » et que l’administration appliquait la loi. Washington avait également reçu une assurance diplomatique de Malabo selon laquelle les personnes expulsées ne seraient pas soumises à la torture ou à d’autres mauvais traitements.
Selon les avocats cités par le journal, au moins une douzaine de personnes auraient déjà été renvoyées vers leurs pays d’origine depuis leur arrivée en Guinée équatoriale, malgré les protections juridiques dont certaines bénéficiaient aux États-Unis et les risques auxquels elles pourraient être exposées en cas de retour.
Le dossier intervient alors que les relations entre les autorités américaines et équato-guinéennes se poursuivent autour de la question migratoire. Le 11 septembre, jour où Ahmed Soliman et Samson Birhane auraient été battus et arrêtés, l’ambassadeur américain en Guinée équatoriale, David Gilmour, rencontrait le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue. Ce dernier, fils du président équato-guinéen, s’est également entretenu le même jour avec Stephen Miller, conseiller de la Maison-Blanche, au sujet de différents dossiers liés aux migrations, selon un communiqué du parti au pouvoir cité par le New York Times.