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L'aveu de Kamel Daoud sur le roman de Thélyson Orélien
L’écrivain algérien ne renie pas son jugement littéraire. Mais les soupçons entourant C’était ça ou mourir lui posent une autre question : que devient notre rapport à un livre lorsqu’on ne sait plus qui en a écrit les phrases ?
 

(AfriquesPlus) - Il avait salué ce roman comme une révélation littéraire, avant d'apprendre qu'il aurait probablement été généré par une intelligence artificielle. Dans une chronique publiée par Le Point, l'écrivain algérien Kamel Daoud revient sur l'affaire Thélyson Orélien pour interroger une peur plus profonde que la seule question de la tricherie.

Dans ce texte publié le 26 septembre 2026, l'écrivain rapporte le jugement d'un ami auteur, selon lequel « l'IA dépasse désormais de loin le génie humain », une phrase qui, pour lui, explique mieux que tout la violence des réactions suscitées par C'était ça ou mourir. Kamel Daoud rappelle avoir lu ce roman plusieurs semaines avant la polémique, avoir été « ébloui » par son style flamboyant et brutal, et avoir publiquement salué son auteur. Un jugement qu'il assume toujours sur le plan littéraire, mais qui prend, selon lui, un tout autre sens depuis les soupçons de recours à l'IA : « j'ai salué un vrai texte, beau et fort souvent, et donc j'ai salué la machine qui l'a fabriqué », écrit-il, ajoutant craindre d'admettre que « nous perdons quelque chose de cette garantie confortable » qu'offrait jusqu'ici la figure de l'auteur identifiable.

Convoquant la figure de Frankenstein, le chroniqueur estime que ce n'est plus le monstre qui écrit une réalité, mais le livre lui-même qui devient la monstruosité, racontant cette fois une réalité qui semble humaine. Il rapproche cette bascule de l'effondrement récent de Technicolor, dont dépendaient les studios d'effets spéciaux MPC et The Mill, entraînant la perte de milliers d'emplois, un signe, selon lui, que ce qui coûtait des millions en effets spéciaux pourrait bientôt être produit par IA pour presque rien, y compris au cinéma. L'affaire Orélien cristalliserait ainsi un paradoxe inédit : « un livre dont l'auteur n'est pas l'auteur, et dont le vrai auteur n'est pas un écrivain. »

Kamel Daoud replace cette inquiétude dans une histoire plus longue, rappelant que l'idée même qu'un livre garantisse la légitimité de son auteur remonte aux textes de Kant sur la contrefaçon des livres et à la Lettre sur le commerce de la librairie de Diderot, publiée en 1763. Il établit un parallèle avec l'époque actuelle de la désinformation généralisée — fausses citations attribuées à Donald Trump, phrases du Seigneur des anneaux prêtées à des responsables politiques — pour affirmer que la littérature ne pouvait pas rester à l'écart de cette crise plus large de la vérité.

Pour le chroniqueur, l'enjeu réel n'est cependant pas un manque de discernement des critiques littéraires, mais une peur plus profonde, presque religieuse. Il observe que la capacité d'un texte à émouvoir sans que son origine soit garantie était, jusqu'ici, réservée aux livres sacrés des monothéismes.

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