(AfriquesPlus) - De Johannesburg à Abuja, d’Addis-Abeba au Caire, de Kinshasa à Bamako, la presse africaine et internationale de ce mercredi 23 septembre met en évidence un continent confronté à plusieurs foyers de tension simultanés. L’Afrique du Sud reste secouée par une nouvelle vague de violences criminelles, le Nigeria fait face à la persistance des enlèvements et aux interrogations autour de la mort de détenus, tandis que l’Éthiopie demeure sous tension après la constitution d’une coalition de groupes armés contre le pouvoir fédéral. En RDC, le conflit dans l’Est et les questions sanitaires restent au premier plan. Dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali continue de subir une forte pression jihadiste. Au-delà de ces crises, la reprise des relations entre la Belgique et le Rwanda constitue l’un des faits diplomatiques marquants de la journée.
Afrique du Sud : la criminalité revient au premier plan
La presse sud-africaine reste fortement mobilisée autour de la série de meurtres de femmes dans la région d’Ekurhuleni, à l’est de Johannesburg. Neuf femmes ont été retrouvées mortes au cours des dernières semaines, provoquant une importante émotion dans le pays. Les autorités cherchent toujours à déterminer si ces affaires sont liées entre elles. Deux femmes ont été inculpées dans le cadre de l’une des enquêtes, mais aucun lien judiciaire n’a pour l’instant été établi avec les autres meurtres.
Ce mercredi, Eyewitness News rapporte que la famille de Dineo Motapane, âgée de 38 ans et retrouvée morte dans le township de KwaThema, demande aux personnes disposant d'informations de se manifester. Les enquêteurs ont notamment fait appel à de hauts responsables de la police pour renforcer les investigations.
Mais la journée est également marquée par une autre affaire de violence particulièrement grave : au moins onze personnes ont été tuées dans une fusillade de masse à KwaMakhutha, au sud de Durban, selon Eyewitness News. Quatorze personnes auraient été prises pour cible dans une maison. Le mobile et l’identité des assaillants n’étaient pas encore établis au moment de la publication.
Sur le front institutionnel, la crise qui touche la police sud-africaine continue également de faire les gros titres. La police a saisi le téléphone portable de Senzo Mchunu, ministre de la Police en congé spécial, lors d’une perquisition à son domicile du KwaZulu-Natal. Selon la police, l'opération s'inscrit dans une enquête portant notamment sur des soupçons d’entrave à la justice et de fraude.
Le quotidien Mail & Guardian continue lui aussi de suivre de près les dossiers liés à la police, à la criminalité, aux féminicides et à la gouvernance, qui figurent parmi ses principaux sujets du moment.
Sur le plan économique, les marchés attendent par ailleurs la décision de la South African Reserve Bank sur les taux d’intérêt ainsi que les nouvelles données d’inflation. Reuters souligne que le rand reste prudent dans ce contexte, tandis que les investisseurs surveillent également les développements géopolitiques internationaux.
Nigeria : enlèvements massifs et interrogations sur la mort de 37 détenus
Au Nigeria, la question sécuritaire demeure particulièrement préoccupante. Des centaines d’habitants du Niger State seraient toujours retenus après une vague d’enlèvements de masse survenue le 21 août.
Selon Reuters, des habitants de plusieurs communautés de la région de Borgu ont manifesté pour réclamer la libération des personnes enlevées. Les estimations locales évoquent environ 600 personnes, principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées. Les habitants reprochent aux autorités de ne pas avoir encore obtenu leur libération, alors que le président Bola Tinubu avait ordonné une opération de sauvetage
Le sujet dépasse désormais le seul cadre sécuritaire. Le quotidien nigérian The Sun rapporte que le Civil Society Legislative Advocacy Centre (CISLAC) considère que la généralisation de l’économie des enlèvements contre rançon menace la gouvernance, le développement économique, les droits humains et l’État de droit. L’alerte a été lancée à New York, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies.
Autre dossier qui continue de provoquer indignation et interrogations : la mort de 37 personnes détenues à Minna, dans l’État du Niger. Selon Reuters, les victimes, dont plusieurs jeunes travaillant dans l’exploitation minière artisanale, étaient détenues dans une cellule extrêmement exiguë. Des survivants affirment qu’une substance inconnue aurait été pulvérisée dans la cellule avant que plusieurs détenus ne commencent à avoir des difficultés respiratoires.
Les autorités ont ouvert une enquête et suspendu plusieurs responsables du Nigeria Security and Civil Defence Corps. La cause exacte des décès n’est toutefois toujours pas établie, et Reuters précise que les témoignages des survivants n’ont pas pu être vérifiés indépendamment. Des examens médico-légaux sont en cours.
Éthiopie : une coalition inédite de groupes armés face à Abiy Ahmed
L’Éthiopie reste l’un des principaux foyers de préoccupation de la presse internationale.
Le fait marquant demeure la création annoncée d’une coalition regroupant sept groupes armés et mouvements politiques qui disent vouloir mettre fin au gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed.
Selon Reuters, cette alliance rassemble notamment le TPLF, acteur majeur de la guerre du Tigré, et le Fano National Movement, qui avait pourtant combattu aux côtés du gouvernement fédéral contre le TPLF pendant la guerre de 2020-2022. Des organisations issues de l’Oromia, de l’Afar et du Benishangul-Gumuz figurent également parmi les membres de la coalition.
Les groupes reprochent au gouvernement fédéral une concentration excessive du pouvoir et la marginalisation de certaines régions. Addis-Abeba accuse pour sa part l’Érythrée de soutenir financièrement certains membres de l’alliance, ce que les autorités érythréennes contestent.
Le Monde place également cette nouvelle alliance parmi ses principaux sujets africains du jour, sous le titre consacré à l’alliance des principaux groupes armés contre le pouvoir d’Abiy Ahmed.
La situation reste toutefois difficile à interpréter comme une coalition militaire homogène. Reuters relève d'importantes divergences territoriales et politiques entre ses membres ainsi que leur dispersion géographique.
Parallèlement, des violences ont été signalées dans l’ouest du pays. Selon les informations reprises dans la presse régionale, au moins douze personnes ont été tuées et plusieurs dizaines blessées dans la région de Gambella, où Médecins sans frontières a pris en charge de nombreux blessés.
L’ensemble nourrit les inquiétudes autour de la stabilité de l’Éthiopie et, plus largement, de celle de la Corne de l’Afrique.
Égypte : le Nil reste au cœur de la stratégie du Caire
En Égypte, le dossier du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) demeure l’un des principaux sujets stratégiques.
Le Caire continue de défendre sa position selon laquelle toute gestion du Nil doit être fondée sur des règles permettant de protéger ses intérêts hydriques. Le ministre égyptien de l’Irrigation, **Hani Sewilam**, a récemment réaffirmé que l’Égypte se réservait les mesures autorisées par le droit international pour défendre sa sécurité hydrique.
La question prend une dimension particulière alors que les dirigeants africains sont réunis à New York pour la 81e Assemblée générale des Nations unies. La diplomatie égyptienne profite de cette séquence pour multiplier les contacts sur plusieurs dossiers régionaux, notamment Gaza, le Soudan, la Somalie et le bassin du Nil.
Dans le même temps, l’Égypte apparaît dans une nouvelle initiative diplomatique concernant la sécurité régionale. Reuters rapporte que les ministres des Affaires étrangères de l’Égypte, de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Pakistan ont publié une déclaration commune appelant notamment au respect du droit international et à la sécurité de la navigation dans la région.
Le dossier égyptien reste donc à la croisée des enjeux hydriques, diplomatiques et sécuritaires de l’Afrique du Nord et de la Corne de l’Afrique.
RDC : combats dans l’Est et nouveau contexte diplomatique
En République démocratique du Congo, la situation dans l’Est demeure instable.
Le Congo Report, dans son point quotidien du 23 septembre, signale de nouveaux affrontements autour de plusieurs positions dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Les forces gouvernementales et les Wazalendo affirment avoir repris plusieurs positions à l’AFC/M23, tandis que des contre-attaques sont également rapportées. Le site souligne qu’il s’agit pour l’instant de gains tactiques et non d’un changement décisif de la situation territoriale.
Sur le plan diplomatique, un développement important intervient entre la Belgique et le Rwanda. Les deux pays ont annoncé la reprise de leurs relations diplomatiques après une rupture liée au conflit dans l’Est de la RDC. Bruxelles et Kigali avaient rompu leurs relations en mars 2025 dans un contexte de fortes tensions autour du conflit congolais.
La Belgique a toutefois précisé que le rétablissement des relations ne signifiait pas l’abandon de sa position sur l’intégrité territoriale de la RDC. Les deux pays prévoient désormais de rouvrir leurs ambassades respectives.
Le front sanitaire reste préoccupant
La crise d’Ebola continue également de peser sur la RDC. L’Associated Press rapportait récemment le lancement d’une campagne de vaccination ciblant prioritairement les personnels de santé et autres travailleurs de première ligne dans la région de Bunia, épicentre de l’épidémie. La difficulté tient notamment au fait que la flambée actuelle est liée au virus Bundibugyo, pour lequel il n’existe pas encore de vaccin homologué ou de traitement spécifique
L’épidémie s’ajoute ainsi à une situation sécuritaire déjà très dégradée dans plusieurs provinces de l’Est.
AES : le Mali toujours sous pression sécuritaire
Dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel, le Mali occupe particulièrement l’actualité ce mercredi.
La presse internationale revient sur les conséquences de l’attaque contre le camp militaire de Dioura, dans le centre du Mali, menée le 10 septembre par le JNIM, groupe affilié à Al-Qaïda.
L’AFP rapporte ce mercredi que les familles de soldats restent sans nouvelles de plusieurs militaires après l’attaque. Selon l’agence, au moins une centaine de soldats maliens et cinq paramilitaires russes auraient été tués, tandis que plusieurs dizaines de militaires auraient été capturés.
Les chiffres avancés par le JNIM avaient été supérieurs, mais ils n’ont pas pu être vérifiés indépendamment. L’armée malienne a confirmé avoir subi des pertes et a annoncé des opérations militaires dans la zone.
L’attaque intervient alors que Bamako cherche à renforcer le contrôle du territoire et que le Mali, le Burkina Faso et le Niger approfondissent leur coopération au sein de l’AES.
La presse relève également la persistance des difficultés d’approvisionnement et la pression exercée sur les principales routes reliant les différentes régions du Mali. Al Jazeera souligne que les groupes armés continuent de peser sur les axes stratégiques et sur l’accès à Bamako.
Dans ce contexte, la question de la sécurité demeure centrale pour les trois pays de l’AES, confrontés à la multiplication des attaques de groupes jihadistes.
Autres faits marquants de la journée
Rwanda-Belgique : reprise des relations diplomatiques
La reprise des relations entre Kigali et Bruxelles constitue l’un des principaux développements diplomatiques africains de ce 23 septembre. Les deux pays ont annoncé la normalisation de leurs relations après dix-huit mois de rupture. Les ambassades doivent être rouvertes. ([Anadolu
Centrafrique : verdict attendu à la CPI
À La Haye, la Cour pénale internationale doit rendre ce mercredi son verdict dans le procès de Mahamat Saïd Abdel Kani, ancien commandant rebelle centrafricain accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis en 2013. L’AFP rappelle que sept chefs d’accusation sont examinés dans cette affaire.
Afrique : la jeunesse au centre des réflexions
Le Mail & Guardian consacre également une analyse publiée ce mercredi à la jeunesse africaine. Le journal souligne le poids démographique considérable des moins de 25 ans sur le continent et s’interroge sur les moyens de transformer cette majorité démographique en véritable capacité d’action civique et économique.