(AfriquesPlus) - De nouveaux affrontements dans l’ouest du Tigray ravivent les tensions dans le nord de l’Éthiopie. Dans un article publié ce 21 septembre 2026 par Africa Files, Awa Ndiaye analyse la situation de la région à travers la rivalité entre Addis-Abeba et Asmara, mais aussi les divisions internes du Tigray. Des échanges de tirs entre forces fédérales éthiopiennes et combattants tigréens ont eu lieu le 1er août, avant de cesser deux jours plus tard. Plusieurs centaines de Tigréens, dont des combattants blessés, auraient alors franchi la frontière vers le Soudan.
Pour Awa Ndiaye, cette nouvelle crise intervient alors que les principales questions laissées en suspens par l’accord de paix de Pretoria restent sans véritable règlement. La guerre du Tigray, qui a opposé de 2020 à 2022 les autorités fédérales d’Abiy Ahmed au Front de libération du peuple du Tigray (TPLF), avait impliqué les forces érythréennes et des forces amhara aux côtés du gouvernement fédéral. L’accord signé sous médiation de l’Union africaine en novembre 2022 a mis fin aux combats de grande ampleur et prévu notamment le désarmement et la restauration des services publics. Mais, selon l’analyse publiée par Africa Files, il n’a pas réglé définitivement les questions territoriales ni celle de l’autorité politique dans la région.
Cette absence de règlement a favorisé une profonde recomposition des alliances. Le gouvernement fédéral accuse aujourd’hui l’Érythrée, une faction du TPLF dirigée par Debretsion Gebremichael et des éléments de la milice amhara Fano de coopérer contre Addis-Abeba. Ces accusations sont contestées par les intéressés. La situation est d’autant plus complexe que certains anciens adversaires ont changé de camp. Getachew Reda, qui avait participé aux négociations de paix au nom du TPLF, est désormais conseiller du Premier ministre Abiy Ahmed. Il s’est également rapproché d’une faction issue des forces tigréennes.
La lutte pour le contrôle politique du Tigray constitue un autre foyer de tension. En mars 2025, la faction de Debretsion a écarté Getachew Reda. Le gouvernement fédéral a ensuite nommé Tadesse Worede, ancien commandant des forces de défense du Tigray, à la tête de l’administration régionale, et prolongé son mandat en avril 2026. En parallèle, le TPLF a réactivé en mai le conseil régional issu des élections de 2020, contestées par les autorités fédérales, qui a désigné Debretsion comme président régional. Le Tigray se retrouve ainsi avec deux autorités revendiquant une légitimité différente, sans nouvelle consultation électorale de la population pour trancher la question.
Derrière cette bataille institutionnelle se trouvent également des enjeux économiques. L’article évoque notamment le contrôle des mines d’or et de l’Endowment Fund for the Rehabilitation of Tigray, un important groupe d’entreprises lié au TPLF. S’appuyant sur l’International Crisis Group, Awa Ndiaye rapporte que certains responsables militaires tigréens disposent d’intérêts économiques dans les activités aurifères. Les revenus miniers, les financements fédéraux et le contrôle des structures administratives contribuent ainsi à maintenir les différents camps en présence.
La rivalité dépasse par ailleurs les frontières du Tigray. L’accès à la mer constitue l’un des principaux points de friction entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie est privée d’accès direct à la mer et dépend largement de Djibouti pour son commerce extérieur. Selon l’article, plus de 95 % du commerce éthiopien en volume passe par ce pays. Addis-Abeba cherche donc à diversifier ses possibilités d’accès maritime, notamment autour du port érythréen d’Assab. Asmara refuse toutefois l’idée que les besoins commerciaux éthiopiens puissent constituer un droit automatique d’accès à ce port.
Cette question donne une dimension stratégique supplémentaire à la rivalité entre les deux États. En février 2026, une lettre éthiopienne aurait associé des accusations concernant l’occupation de territoires à une proposition de négociation sur l’accès à Assab. Mais plusieurs questions restent ouvertes, notamment sur les acteurs appelés à négocier, la gestion des droits portuaires et les recettes douanières. Pour l’analyse d’Africa Files, ces enjeux se combinent avec le contrôle des terres, des mines, des financements fédéraux et des routes reliant le Tigray au Soudan et à l’Érythrée.
Le passé récent continue également de peser sur les relations entre les populations et les autorités. Les forces érythréennes avaient combattu aux côtés des forces éthiopiennes et amhara pendant la guerre du Tigray. Une enquête médicale et juridique publiée en 2025, citée dans l’article, a conclu que les violences sexuelles et reproductives liées au conflit pouvaient relever de crimes contre l’humanité. Elle identifie les forces érythréennes comme les auteurs les plus fréquemment relevés dans les éléments examinés au Tigray, tout en documentant des violations commises par plusieurs camps. L’article souligne que les questions de justice, de réparation et de prise en charge des victimes restent largement ouvertes.
Le sort du Tigray occidental constitue enfin un autre point particulièrement sensible. La zone avait été conquise pendant la guerre par des forces amhara et reste revendiquée à la fois par les autorités amhara et tigréennes. Le désarmement n’y est pas achevé. Le retour des personnes déplacées, l’accès à la propriété foncière et la possibilité de participer à de futures élections sont susceptibles de déterminer les rapports de force territoriaux et politiques.
Pour éviter une nouvelle escalade, l’International Crisis Group recommande, selon l’article, des discussions discrètes, la fin du soutien extérieur aux groupes armés et une médiation durable. Africa Files met cependant en garde contre une prolongation indéfinie de l’administration intérimaire négociée entre dirigeants sans consultation populaire. L’article estime qu’un règlement durable devrait prévoir un calendrier pour le retour à un gouvernement élu, permettre la participation des personnes déplacées et des opposants, renforcer le contrôle des financements, des mines et des arrangements frontaliers et prévoir des réparations pour les victimes.