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Les transferts de la diaspora, plus puissants que l'aide au développement
Selon un rapport dirigé par Pedro De Vasconcelos pour le Fonds international de développement agricole, l'argent envoyé par 220 millions de migrants pèse désormais plus lourd que les canaux traditionnels du financement du développement
 

(AfriquesPlus) - Les transferts de fonds des migrants vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint 728,6 milliards de dollars en 2025, un montant supérieur à l'aide publique au développement et aux investissements directs étrangers cumulés vers ces pays, selon le rapport Sending Money Home 2026, publié le 14 septembre par le Fonds international de développement agricole (FIDA), sous la direction de l'auteur principal Pedro De Vasconcelos. 

Ces flux, portés par environ 220 millions de migrants et membres de la diaspora, soutiennent quelque 1,1 milliard de proches restés au pays, et devraient atteindre 3 600 milliards de dollars cumulés entre 2026 et 2030. Le rapport insiste sur la nature intrinsèquement résiliente de ces flux, rappelant qu'ils obéissent avant tout à une logique d'obligation familiale plutôt qu'à une recherche de rendement financier, ce qui explique qu'ils progressent ou se maintiennent y compris en période de crise. Les auteurs notent ainsi que les inflows vers les contextes de fragilité élevée ou extrême ont quasiment doublé depuis 2010, dépassant 134 milliards de dollars en 2023, contre 70 milliards dix ans plus tôt.

Sur le continent africain, ces transferts ont presque doublé en dix ans, passant à 124,2 milliards de dollars en 2025, une hausse de 86 %, selon le FIDA. L'Égypte est devenue le premier pays receveur du continent, avec 41,5 milliards de dollars, devançant désormais le Nigeria, à 22,8 milliards. Le document précise que l'Égypte, le Nigeria, le Maroc, l'Éthiopie et le Kenya concentrent à eux seuls près des trois quarts des flux entrants du continent, soit 90,1 milliards de dollars. 

Ces transferts irriguent aussi largement les campagnes africaines, puisque le rapport estime qu'environ 42 milliards de dollars, soit 34 % du total continental, sont parvenus aux zones rurales en 2025, où l'accès à l'emploi formel, aux services financiers et aux filets de sécurité publics reste le plus limité. Le FIDA souligne également que dans certaines économies plus petites, le poids de ces flux dans le PIB dépasse très largement la moyenne continentale, citant notamment la Gambie à 22 %, le Libéria à 21 % ou les Comores à 21 %.

Digitalisation, coûts élevés et résilience 

Le rapport consacre une partie substantielle à la transformation numérique du marché des transferts, relevant qu'en 2025, plus de la moitié de la valeur totale des transferts mondiaux vers les pays à revenu faible et intermédiaire était initiée par voie électronique, et que 75 % des adultes de ces pays disposaient déjà d'un compte bancaire ou d'un compte de mobile money en 2024. Cette digitalisation n'a toutefois pas éliminé les inégalités d'accès, le coût moyen d'un envoi de 200 dollars restant à 6,4 % au troisième trimestre 2025, plus du double de la cible fixée par les Objectifs de développement durable, avec un écart marqué entre services entièrement numériques, à 4,6 %, et services non numériques, à 7,3 %. 

L'Afrique demeure la région du monde la plus chère pour recevoir de l'argent, avec un coût moyen non bancaire de 7,2 % pour l'envoi de 200 dollars, contre 9 % en 2016. L'Afrique australe reste la sous-région la plus onéreuse, à 10,4 %, tandis que l'Afrique de l'Ouest affiche le coût moyen le plus bas du continent, sous les 5 %, un niveau que le FIDA attribue en partie aux corridors euro-franc CFA, où le taux de change fixe limite les marges de change. Concernant le Sénégal, le document indique que la dépendance du pays aux transferts, mesurée en part du PIB, atteint désormais 11 %.

Le rapport consacre par ailleurs un encart spécifique à l'impact de ces flux sur l'adaptation climatique au Sénégal et au Mali. Selon les données citées, 73 % des ménages sénégalais bénéficiaires de transferts avaient adopté une stratégie de gestion des risques agricoles, contre 22 % des ménages n'en recevant pas, les premiers étant également près de deux fois plus susceptibles d'épargner, ce qui renforce, selon le FIDA, leur capacité à absorber des pertes sans recourir à des stratégies d'adaptation plus dommageables. 

Le document met aussi en avant la dimension non monétaire de ces échanges migratoires : un ménage sénégalais sur dix a adopté une pratique agricole climatique transmise par un migrant de retour, et près des deux tiers d'entre eux ont ensuite partagé ce savoir avec d'autres foyers, un phénomène que les auteurs qualifient de « transferts sociaux ». 

Au Mali, l'étude associée montre des résultats comparables, avec une adoption plus large de pratiques agricoles résilientes parmi les ménages bénéficiaires de transferts, allant de la fertilisation naturelle des sols à l'usage d'insecticides naturels. Pour le FIDA, ces exemples illustrent la capacité des transferts à financer une adaptation immédiate tout en consolidant, sur la durée, la résilience des ménages face aux chocs climatiques, sans pour autant se substituer aux financements climatiques publics ou aux politiques d'adaptation structurelles.

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