(Afriquesplus) - Le 18 septembre 1998, Monrovia redevenait le théâtre de violents affrontements armés, à peine deux ans après la fin officielle de la première guerre civile libérienne. Au cœur de cette nouvelle crise : une opération des forces de sécurité contre Roosevelt Johnson et des hommes qui lui étaient fidèles, dans le secteur de Camp Johnson Road, au centre de la capitale. Smart News Liberia revient sur un passé sombre de ce pays ouest-africain.
Baptisée « Operation Camp Johnson Road » par le département d’État américain, l’opération opposait les forces gouvernementales à des combattants liés à l’ancien mouvement rebelle NPFL de Charles Taylor, alors président du Libéria. Les combats furent particulièrement intenses. Selon les informations rapportées à l’époque, des armes automatiques, des lance-roquettes et des mortiers furent utilisés pendant près de 17 heures.
Roosevelt Johnson, ancien chef de l’aile ULIMO-K pendant la guerre civile, parvint finalement à quitter la zone des combats et à rejoindre l’ambassade des États-Unis à Monrovia. Washington refusa alors de le remettre aux autorités libériennes, invoquant notamment des préoccupations concernant sa sécurité et les conditions d’un éventuel procès. Il restera dans l’enceinte diplomatique jusqu’à son évacuation du pays, le 25 septembre 1998.
Un lourd bilan toujours controversé
Les affrontements de Camp Johnson Road ne se sont pas limités aux combats entre forces armées. Dans les jours qui suivirent, des organisations de défense des droits humains firent état de meurtres, de disparitions et de différentes exactions.
Le nombre exact de victimes demeure cependant controversé. Human Rights Watch avait évoqué environ 50 morts, tandis que le département d’État américain faisait état d’informations crédibles faisant état de jusqu’à 300 personnes tuées, principalement au sein de la communauté krahn, dont des femmes et des enfants.
Smart News Liberia souligne que ces estimations divergentes illustrent les zones d’ombre qui entourent encore cet épisode de l’histoire récente du pays. Des accusations rapportées par Amnesty International faisaient également état de personnes tuées après leur arrestation, ainsi que d’attaques contre des civils cherchant refuge.
Toutes ces accusations n’ont toutefois pas pu être établies de manière indépendante, rappelle le média libérien.
Des milliers de Libériens prennent le chemin de l’exil
La violence provoqua également un nouvel exode. D’après le département d’État américain cité par Smart News Liberia, environ 9 000 personnes, majoritairement issues de la communauté krahn, auraient fui le Libéria pour se réfugier en Côte d’Ivoire.
Pour une population qui sortait à peine de plusieurs années de guerre, cette nouvelle flambée de violence ravivait le traumatisme du conflit. L’épisode démontrait surtout que la fin officielle de la guerre ne signifiait pas nécessairement la disparition des rivalités armées, des réseaux issus du conflit et des tensions communautaires.
Arrestations et procès pour trahison
Après les affrontements, les autorités libériennes procédèrent à plusieurs arrestations. Le département d’État américain rapporte que 19 civils ainsi que neuf membres krahns des forces armées furent détenus.
Plusieurs personnes furent ensuite poursuivies pour trahison. Treize d’entre elles furent finalement condamnées à dix ans de prison. Ces procès alimentèrent à leur tour les controverses sur la réponse du gouvernement à la crise, notamment concernant les conditions de détention et le respect des garanties judiciaires.
Une mémoire toujours présente
Le 18 septembre 1998 reste ainsi associé à l’une des périodes les plus fragiles de l’après-guerre libérienne. Charles Taylor avait été élu président en 1997 et le pays était officiellement engagé sur la voie de la normalisation. Pourtant, moins de deux ans après la fin de la guerre civile, des combats éclataient de nouveau dans la capitale.
Pour Smart News Liberia, l’épisode de Camp Johnson Road rappelle que la paix ne se résume pas à la signature d’accords ou à l’organisation d’élections. Elle suppose également des institutions solides, la protection des populations civiles et la capacité à traiter les violences et les injustices héritées des conflits.
Vingt-huit ans plus tard, le bilan exact des événements de septembre 1998 demeure en partie discuté. Mais le souvenir de Camp Johnson Road continue de rappeler au Libéria le prix payé par les populations lorsque les rivalités politiques et les tensions héritées de la guerre basculent à nouveau dans la violence.