(AfriquesPlus) - Le 1er août, trois nouveaux noms sont venus allonger une liste macabre. Selon un article d'Augustine Passilly publié par Mediapart le 16 août 2026, les autorités saoudiennes ont exécuté Asi Addis, Heftam Tekla et Ayub Berhan, cinq jours après la mise à mort de cinq autres de leurs concitoyens, portant à vingt le nombre d'Éthiopiens exécutés depuis janvier. Human Rights Watch, citée dans l'article, dénombre au moins soixante-seize Éthiopiens supplémentaires dans le couloir de la mort, à l'issue de procès jugés expéditifs.
Pourtant, ces informations largement relayées sur les réseaux sociaux éthiopiens ne dissuadent pas les candidats à l'exil. Fre Kehase, lycéenne de 20 ans originaire du Tigré, l'admet sans détour : « Ça me fait de la peine mais la même chose peut arriver ici. Si nous sommes recrutés de force par les Forces de défense du Tigré, nous finirons par mourir également… » Son futur compagnon de route, Yohanes Berhane, mécanicien au chômage, résume l'état d'esprit d'une génération sacrifiée : « Je préfère mourir sur la route, plutôt que de mourir ici sans avoir tenté ma chance. »
Cette urgence s'explique par la situation explosive du Tigré, région encore convalescente d'un conflit ayant fait environ 600 000 morts entre 2020 et 2022, où la conscription forcée s'accélère depuis mai. Beaucoup de prisonniers éthiopiens en Arabie saoudite viennent d'ailleurs de cette région, ainsi que de l'Amhara et de l'Oromia. Duaa Dhainy, chercheuse à l'Organisation européenne saoudienne pour les droits de l'homme, explique que nombre des exécutés sont accusés de trafic de drogue alors qu'ils étaient souvent contraints par des passeurs de transporter des paquets sans en connaître le contenu. Son ONG a recensé un record de 356 exécutions l'an dernier en Arabie saoudite, et déjà 131 en 2026, les Éthiopiens figurant en tête des victimes étrangères.
Si la peine capitale n'est plus appliquée en Éthiopie et si le trafic de drogue n'y est pas passible de ce châtiment, Mediapart souligne la prudence d'Addis-Abeba. Mebrihi Brhane, de Human Rights First, l'attribue aux intérêts économiques liant les deux pays et à la dépendance éthiopienne aux devises de sa diaspora. Résultat, les autorités se contentent de rapatriements a minima, quand les migrants ne meurent pas d'abord sous les balles des gardes-frontières saoudiens ou sous la torture des passeurs.