(AfriquesPlus) - La Chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako a condamné, lundi 17 août 2026, le chroniqueur Mohamed Youssouf Bathily, dit Ras Bath, et l’activiste Rokia Doumbia, alias Rose Vie Chère, à dix ans de réclusion chacun, dont trois ans avec sursis. Ils devront ainsi purger sept ans de prison ferme et payer une amende de 240 000 francs CFA. Selon APAnews, dans une dépêche publiée le 17 août 2026, ce verdict est intervenu après une semaine de délibéré.
Le verdict est intervenu après une semaine de délibéré dans une affaire portant notamment sur des faits qualifiés d’« association de malfaiteurs » et d’« atteinte au crédit de l’État par l’intermédiaire des technologies de l’information et de la communication ». Les qualifications définitivement retenues contre chacun des deux accusés devront être précisées dans l’arrêt écrit de la Cour.
La décision est moins sévère que les réquisitions du ministère public à l’encontre de Ras Bath, pour lequel le parquet avait demandé dix ans de prison ferme. Elle est en revanche plus lourde que les cinq ans ferme et cinq ans avec sursis requis contre Rokia Doumbia. La défense avait plaidé l’acquittement des deux prévenus, contestant notamment l’existence d’une entente entre eux.
L’affaire trouve notamment son origine dans deux interventions de Rokia Doumbia dans l’émission « Le Grand Dossier », animée par Ras Bath. L’activiste y avait dénoncé la hausse des prix des produits de première nécessité, les délestages électriques et les difficultés auxquelles sont confrontés les ménages maliens.
Pour l’accusation, la répétition de ces prises de parole constituait une action concertée susceptible de discréditer les autorités de la transition et de provoquer des troubles.
Devant la Cour, Rokia Doumbia s’est présentée comme une « commerçante et non militante politique », expliquant qu’elle cherchait à alerter les autorités sur les conséquences de la cherté de la vie. Ras Bath a, pour sa part, défendu le caractère journalistique de ses émissions et l’intérêt public des sujets abordés.
Les avocats des deux accusés ont également contesté l’origine et l’intégrité de plusieurs enregistrements audio versés au dossier. Certains de ces éléments ont finalement été écartés des débats.
Ouvert le 10 août dans une salle comble, le procès avait attiré de nombreux partisans de Ras Bath. La deuxième journée d’audience s’était tenue à huis clos, sous un important dispositif de sécurité. Le parquet avait notamment évoqué les déclarations du chroniqueur sur la mort en détention de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, décédé le 21 mars 2022. APAnews rapporte également que les débats avaient porté sur les déclarations de Ras Bath concernant les circonstances du décès de l’ancien Premier ministre.
Ras Bath avait été interpellé le 13 mars 2023 après ses déclarations sur le décès de Soumeylou Boubèye Maïga. Dans une première procédure, il avait été condamné à 18 mois de prison, dont neuf avec sursis. Sa détention s’était toutefois poursuivie dans le cadre d’une nouvelle procédure, à la suite d’un mandat délivré le 28 mars 2024.
Rokia Doumbia avait été arrêtée à la même période après la diffusion d’une vidéo sur TikTok. Une première condamnation à un an de prison ferme avait été annulée en appel en juillet 2024, avant qu’une nouvelle procédure ne prolonge sa détention.
Les deux accusés étaient incarcérés respectivement à Kéniérobé et à Dioïla. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) avaient auparavant dénoncé leur maintien en détention et appelé à leur libération.
Selon le droit malien, les périodes de détention provisoire sont déduites de la peine ferme. La durée exacte restant à purger devra donc être déterminée par l’administration pénitentiaire en tenant compte de l’arrêt définitif et de l’ensemble des périodes déjà passées en détention.
Ras Bath et Rose Vie Chère peuvent désormais se pourvoir en cassation devant la Cour suprême. Lundi après-midi, leurs avocats n’avaient pas encore indiqué s’ils comptaient exercer ce recours.