(AfriquesPlus) - Dans un texte publié le 11 septembre sur Africa Is a Country, l'un des contributeurs, Gathanga Ndung'u, raconte la genèse de « From Mau Mau to Ruto Must Go », un ouvrage collectif dirigé par Shiraz Durrani et Ruo Kimani-Ruo, qui rassemble activistes, organisateurs communautaires, juristes et écrivains de plusieurs générations autour du soulèvement de la jeunesse kényane de 2024-2025. Le livre y relie la contestation actuelle à des enjeux plus anciens de souveraineté, du rôle du FMI et de la Banque mondiale aux bases militaires étrangères présentes au pays (britannique, américaine, et désormais française depuis un accord de défense signé avec Paris), en passant par la coopération sécuritaire avec Israël et une loi sur les semences finalement invalidée par la justice en 2025.
Selon l'auteur, aucun éditeur kényan n'a accepté de publier le texte, le titre ayant « effrayé tout éditeur potentiel » du pays. Certains proches leur ont suggéré d'adoucir le titre en « From Mau Mau to Gen Zs », par crainte d'une lecture hostile de l'État. Les auteurs ont refusé, Ndung'u expliquant que le slogan « Ruto Must Go » signifiait pour eux « la mort du système dont la présidence de Ruto est le miroir ». Le livre a finalement été imprimé en Ouganda ; sur les 300 exemplaires tirés, la plupart destinés au Kenya ont été confisqués à la frontière fin mai, sans jamais être restitués, forçant les auteurs à en faire entrer une partie par des voies détournées.
La diffusion du livre au Kenya s'est heurtée à une intimidation continue, écrit Ndung'u, un lieu de lancement à Mathare ayant été visité par des policiers armés la veille de l'événement, avant qu'un autre lancement ne soit organisé dans un parc mémoriel sans en révéler l'adresse à l'avance pour éviter une annulation. Cette pression est retombée avec une intensité redoublée le 25 juin, deuxième anniversaire du soulèvement, que les organisateurs voulaient limiter à un hommage floral.
Nairobi s'est réveillée barricadée, les habitants fouillés aux points de contrôle, et porter un drapeau ou des fleurs suffisait, selon l'auteur, à devenir une cible. « C'était un crime que d'être un citoyen patriote », écrit-il. Des centaines de personnes ont été arrêtées pour avoir « entravé la circulation » dans une ville pourtant paralysée par les barrages policiers eux-mêmes, tandis que plusieurs manifestants disent avoir été enlevés et torturés pendant plusieurs jours avant d'être abandonnés dans divers quartiers de la capitale, à l'image de l'organisateur communautaire Davis Lichuma, retrouvé après quatre jours de disparition.
Malgré un accès encore restreint à l'ouvrage, ses auteurs prévoient d'en étendre la diffusion par des lectures publiques, des forums universitaires et un théâtre itinérant porté par les centres de justice sociale locaux.