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Nigeria, les réseaux de drogue recrutent de plus en plus de personnes âgées
L’arrestation de Nigérians âgés de 60 à 101 ans dans des affaires de trafic de stupéfiants met en lumière la vulnérabilité de certaines personnes âgées, mais aussi l’adaptation des réseaux face au renforcement des opérations de lutte contre la drogue.
 

(AfriquesPlus) - Les personnes âgées apparaissent de plus en plus dans les affaires de trafic de stupéfiants au Nigeria. Dans un article publié le 19 septembre 2026, le quotidien The Guardian Nigeria, sous la signature de Moyosore Salami, s’intéresse aux facteurs qui expliquent l’implication de Nigérians âgés dans le commerce illicite de cannabis, de cocaïne et d’autres substances contrôlées.

Selon le journal, au moins 30 Nigérians âgés de 60 à 101 ans ont été arrêtés dans des affaires liées à la drogue au cours des douze derniers mois, d’après une analyse réalisée par Beacon Security and Innovations Limited (BSIL) à partir de rapports de l’Agence nigériane de lutte contre la drogue (NDLEA). Ce chiffre pourrait être plus élevé si les suspects âgés d’une cinquantaine d’années étaient également pris en compte.

Plusieurs arrestations récentes illustrent cette tendance. En mars 2026, un homme de 74 ans a été interpellé à l’aéroport international Nnamdi Azikiwe d’Abuja alors qu’il tentait, selon la NDLEA, d’acheminer 11 kilogrammes de cocaïne vers le Royaume-Uni. La drogue aurait été dissimulée dans des produits alimentaires, notamment du piment séché, à l’intérieur de ses bagages.

Le 28 juin 2026, une Nigériane de 67 ans, Mary Yetunde Barek, a également été arrêtée à l’aéroport international Murtala Muhammed de Lagos. Les agents de la NDLEA auraient découvert 13 kilogrammes de cocaïne dans ses bagages, conditionnés de manière à ressembler à des régimes de bananes plantain. La suspecte, qui travaillerait comme aide-soignante au Royaume-Uni, se rendait à Londres.

L’implication de personnes âgées ne se limite toutefois pas au trafic international. Le 15 août 2026, les autorités ont arrêté Esther Ogunmabo, une arrière-grand-mère âgée de 101 ans, dans l’État d’Ogun, pour possession présumée de 90 grammes de cannabis destinés à la vente. La centenaire aurait expliqué qu’elle s’était tournée vers ce commerce après l’incendie de son magasin de produits alimentaires. Elle a également indiqué que sa fille lui fournissait la drogue. En raison de son âge, le président de la NDLEA, Mohamed Buba Marwa, a ordonné sa remise en liberté sous caution et son accompagnement psychologique.

D’autres affaires suggèrent que certaines personnes âgées pourraient être utilisées pour conserver des produits illicites. Le Guardian Nigeria cite notamment le cas d’Aliyu Adebiyi, un homme de 67 ans malvoyant, arrêté dans l’État d’Osun après la découverte présumée de 234 kilogrammes de cannabis à son domicile. L’intéressé aurait déclaré qu’un trafiquant lui versait 6 000 nairas par mois pour entreposer la marchandise.

Pour Kabir Adamu, directeur général de BSIL et spécialiste de la gestion des risques sécuritaires au Nigeria et dans la région du Sahel, cette évolution ne relève pas uniquement de situations individuelles. Cité par le journal, il estime que les personnes âgées sont désormais présentes à différents niveaux des réseaux de trafic, notamment comme passeurs, revendeurs, gardiens de stocks, financiers ou responsables présumés d’opérations criminelles.

L’expert explique cette évolution par une adaptation des organisations criminelles face à l’intensification de la lutte antidrogue. Selon lui, les trafiquants pourraient exploiter le fait que les personnes âgées sont moins susceptibles d’être considérées comme des profils à risque lors des contrôles. Il appelle ainsi les services de sécurité à revoir leurs méthodes de ciblage dans les aéroports, aux frontières et aux points de contrôle, sans pour autant assimiler toutes les personnes âgées interpellées à des membres de réseaux organisés.

La précarité économique constitue un autre facteur avancé par les spécialistes interrogés. Le criminologue Adedeji Oyenuga estime que la faiblesse des revenus après la retraite et l’insuffisance des économies peuvent rendre certaines personnes plus vulnérables aux propositions de réseaux criminels. Il souligne toutefois que tous les suspects âgés ne sont pas nécessairement des victimes de recrutement : certains pourraient être impliqués dans le trafic depuis plusieurs années.

Ibrahim Bidemi Abdullateef, enseignant en sociologie et criminologie à la Fountain University d’Osogbo, évoque pour sa part les effets conjugués de la pauvreté, de l’insuffisance de la protection sociale, de la perte de revenus et de l’isolement. Selon lui, la fragilité des systèmes de retraite, les dépenses de santé et l’absence de soutien familial peuvent pousser certaines personnes à rechercher des sources de revenus illégales. Il préconise un renforcement des pensions, des soins de santé et des dispositifs d’accompagnement économique et social destinés aux personnes âgées.

Face à cette évolution, Kabir Adamu appelle à une réponse différenciée. Les autorités devraient, selon lui, distinguer les personnes âgées contraintes ou exploitées par des réseaux de celles qui occupent délibérément des fonctions de financement ou de direction dans les organisations criminelles. Les enquêtes, estime-t-il, doivent également remonter aux commanditaires et aux fournisseurs, plutôt que de se limiter aux personnes trouvées en possession des stupéfiants.

L’essor de ces affaires intervient dans un contexte de développement du trafic de drogue au Nigeria, marqué par d’importantes saisies de cannabis, de tramadol et de cocaïne, mais aussi par l’apparition de laboratoires de production de méthamphétamine et de circuits internationaux plus structurés. Pour les experts cités par The Guardian Nigeria, la présence croissante de personnes âgées dans ces réseaux témoigne à la fois de l’évolution des stratégies des trafiquants et des insuffisances persistantes des dispositifs de protection sociale et de renseignement.

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