(AfriquesPlus) - Un couvre-feu nocturne a été instauré vendredi à Minna, dans le centre du Nigeria, après des affrontements entre les forces de sécurité et des centaines de manifestants protestant contre la mort de 37 détenus dans les locaux d’une agence paramilitaire.
Les victimes avaient été arrêtées lors de descentes menées les 15 et 16 septembre par le Nigeria Security and Civil Defence Corps (NSCDC) contre des sites d’exploitation minière présumée illégale dans la zone de Wushishi-Lukoto, à l’ouest de Minna, capitale de l’État de Niger. Elles ont été retrouvées mortes jeudi dans les cellules de l’agence.
Dans une dépêche publiée le 18 septembre 2026, Reuters rapporte que plusieurs des personnes décédées étaient des enfants. Le gouverneur de l’État de Niger, Umar Bago, a indiqué que nombre des victimes étaient âgées de 14 à 18 ans et travaillaient dans les mines au lieu d’être scolarisées.
La découverte des corps a provoqué des manifestations dans plusieurs quartiers de Minna. Les forces de sécurité ont fait usage de tirs à balles réelles pour disperser les protestataires, selon un témoin de Reuters. Certains manifestants, armés notamment de bâtons, de machettes et de fusils de chasse traditionnels, réclamaient que les responsables soient traduits en justice.
Des bâtiments publics ont également été pris pour cible dans le quartier de Tunga, où certains manifestants ont tenté de mettre le feu à des édifices gouvernementaux. À l’approche de l’entrée en vigueur du couvre-feu à 18 heures, les forces de sécurité avaient repris le contrôle des rues de la ville.
Le gouvernement fédéral a annoncé l’ouverture d’une enquête. Le président Bola Ahmed Tinubu a ordonné que les circonstances des décès soient établies et a souligné que les éventuelles suspensions de responsables ne sauraient se substituer aux poursuites judiciaires. Le commandant du NSCDC dans l’État de Niger, Suberu Siyaka Aniviye, a notamment été suspendu vendredi.
Le NSCDC avait dans un premier temps évoqué la possibilité d’une épidémie pour expliquer les décès, avant de préciser que leur cause n’avait pas encore été établie et devrait être déterminée par des examens médicaux. Les détenus ont toutefois été enterrés jeudi soir conformément aux rites musulmans, ce qui soulève des interrogations sur la possibilité de procéder à des examens médico-légaux approfondis.
Des proches de détenus ont également formulé des accusations concernant leurs conditions de détention. Shafa'atu Suleiman, mère de l’un des détenus décédés, a affirmé à Reuters que les familles n’étaient pas autorisées à apporter de la nourriture aux personnes incarcérées et que de l’argent leur aurait été demandé en échange de leur libération. Le NSCDC n’a pas répondu aux demandes de commentaires de Reuters sur ces accusations.
Le Nigeria mène depuis plusieurs années des opérations contre l’exploitation minière illégale, particulièrement présente sur de nombreux sites informels à travers le pays. Les autorités estiment que cette activité entraîne notamment des dommages environnementaux et des pertes de recettes publiques. Le président Tinubu a indiqué que la lutte contre l’exploitation illégale se poursuivrait, tout en appelant les forces engagées dans ces opérations à respecter la loi.