(AfriquesPlus) - Un reportage diffusé par TV5 Monde met en lumière une analyse édifiante des archives du New York Times, le site d'information le plus consulté chaque mois aux États-Unis selon l'agence Statista. Compilées sous forme de tableau, ces données recensent les pays ayant le plus fait la Une du journal entre 1900 et 2018, et le constat est sans appel : l'Afrique y est largement sous-représentée, alors même que les rédactions américaines disposent de correspondants sur place.
L'objectif de ce recensement, selon TV5 Monde, est de mesurer le regard porté par les États-Unis sur le reste du monde au fil des décennies, qu'il s'agisse de la Russie, rivale historique du temps de l'URSS, du Vietnam à partir de l'entrée en guerre de Washington en 1965, de l'Irak envahi en 2003, ou encore d'Israël dès la création de l'État en 1948. Les drapeaux africains, eux, restent quasiment invisibles sur l'ensemble de la période.
Depuis 1960, année charnière marquant le début des indépendances africaines, l'Afrique du Sud se distingue comme le pays le plus cité, avec cinq mentions en 1976 puis deux nouvelles apparitions en 1985 et 1986, des années marquées par une contestation populaire intense contre le régime de l'apartheid. La République démocratique du Congo apparaît à trois reprises : en 1960 lors de son indépendance, en 1961 au moment de l'assassinat du Premier ministre Patrice Lumumba, puis en mai 1997, quand la chute de Mobutu Sese Seko ouvre la voie à la prise de pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, qui rebaptise le pays. Le Rwanda, quant à lui, n'apparaît qu'une seule fois, en 1994, année du génocide des Tutsi.
Cette manière de couvrir le continent africain fait l'objet de critiques récurrentes de la part de médias occidentaux présents sur place, rappelle l'agence Reuters, citée dans le reportage de TV5 Monde. En 2022, l'ONG ByRD dénonçait déjà une couverture centrée sur les crises et le recours à des stéréotypes hérités de l'ère coloniale.
En 2019, le New York Times avait lui-même suscité une vive polémique après avoir publié une offre d'emploi pour un poste basé à Nairobi, mettant en avant des sujets tels que la piraterie dans la Corne de l'Afrique, le terrorisme, la course aux ressources ou encore la tension permanente entre démocratie et autoritarisme. Jugée stéréotypée par de nombreux internautes africains, l'annonce avait été largement relayée et tournée en dérision sur les réseaux sociaux.