(AfriquesPlus) - Des centaines de personnes ont manifesté mardi 15 septembre à Kinshasa à l’appel de la Coalition Article 64 (C64), pour dénoncer le projet de révision de la Constitution. L’opposition craint notamment que cette réforme permette au président Félix Tshisekedi de briguer un nouveau mandat au-delà de 2028.
La mobilisation a rassemblé plusieurs figures de l’opposition congolaise, parmi lesquelles Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga. Réunis au sein de la C64, ces responsables demandent aux parlementaires de préserver les dispositions constitutionnelles relatives à la limitation du nombre de mandats présidentiels.
Félix Tshisekedi, élu en 2019 puis réélu en 2023, exerce actuellement son deuxième mandat, qui doit s’achever en 2028. Pour l’opposition, le projet de réforme constitutionnelle fait donc peser le risque d’une modification des règles susceptible d’ouvrir la voie à une nouvelle candidature du chef de l’État.
Un itinéraire modifié après un accord avec les autorités
Le parcours initialement prévu pour la manifestation a été modifié à la suite d’un accord avec les autorités. Les différents cortèges doivent finalement converger vers le boulevard Triomphal, à proximité de l’école Sévigné, plutôt que vers le Palais du Peuple.
Un important dispositif de sécurité accompagne la mobilisation, organisée le même jour que l’ouverture de la session ordinaire du Parlement.
Pour la C64, le débat constitutionnel ne doit cependant pas détourner l’attention des urgences auxquelles le pays est confronté. La coalition estime que les autorités devraient donner la priorité à la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, aux difficultés économiques et aux préoccupations sociales.
Appel à la retenue
La manifestation intervient dans un contexte de tension politique. Des responsables proches du pouvoir ont appelé la population à ne pas prendre part au rassemblement. Certaines zones du pays, notamment Lubumbashi, sont par ailleurs concernées par des interdictions de manifestations.
Face aux risques de débordements, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a appelé les manifestants et les forces de sécurité à faire preuve de retenue.
L’institution a notamment signalé la circulation sur les réseaux sociaux de messages appelant certains participants à se munir d’armes blanches. Elle précise toutefois que ces appels ne sont pas attribués à la C64.
La CNDH demande aux organisateurs de prendre les dispositions nécessaires pour empêcher d’éventuelles infiltrations et invite les autorités à traiter individuellement les infractions qui pourraient être constatées.
Le pouvoir met en avant la cohésion nationale
Cette mobilisation intervient au lendemain d’une réunion interinstitutionnelle présidée par Félix Tshisekedi. Les responsables des principales institutions du pays y ont notamment abordé les questions liées à la paix, à la cohésion nationale, au budget 2027 et à la situation sociale.
La résurgence d’Ebola figurait également parmi les sujets évoqués lors de cette rencontre.
Le chef de l’État a appelé à renforcer la coordination entre les différentes institutions et à poursuivre les consultations entre Congolais.
À Kinshasa, la journée de mobilisation traduit ainsi la persistance des divergences entre pouvoir et opposition autour de l’avenir de la Constitution. Alors que la C64 entend maintenir la pression contre toute modification des règles concernant les mandats présidentiels, les autorités mettent en avant la nécessité de préserver la paix, la cohésion nationale et le fonctionnement des institutions.