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Thélyson Orélien, miroir des peurs d’une époque selon Dorcy Rugamba
Pour le dramaturge, la polémique dépasse le sort de l'écrivain : elle concentre les angoisses suscitées par l’IA et les bouleversements du monde littéraire. Il réclame que les accusations soient examinées sans effacer l’humanité de celui qu’elles visent
 

(AfriquesPlus) - Le retrait de C’était ça ou mourir de la sélection du Goncourt n’a pas clos l’affaire Thélyson Orélien. Soupçonné d’avoir recouru à l’intelligence artificielle pour son roman et visé par des accusations de plagiat concernant des textes antérieurs, l’écrivain canado-haïtien a interrompu sa promotion. Dans une tribune publiée le 28 septembre sur son blog du Club de Mediapart, le dramaturge Dorcy Rugamba défend la nécessité d’examiner les faits sans transformer leur auteur présumé en cible publique.

La controverse a commencé le 21 septembre par des accusations publiées sur le réseau X concernant l’écriture du roman. D’autres mises en cause, relatives à des textes publiés au Canada plus de dix ans auparavant, ont suivi. Le 25 septembre, l’Académie Goncourt a retiré le livre de sa première sélection, expliquant vouloir préserver « l’intégrité du prix Goncourt ». Les éditions du Boréal, qui avaient publié l’ouvrage au Canada, ont suspendu les activités promotionnelles pour « assurer le bien-être » de l’écrivain, tout en précisant ne pouvoir ni confirmer ni infirmer les allégations à ce stade.

Ces décisions sont établies ; elles ne règlent pas, à elles seules, la question de la rédaction du roman. Orélien a contesté les accusations d’usage de l’IA. À Manosque, le 24 septembre, il a dit vouloir s’exprimer lorsque la situation serait plus calme, dénonçant une volonté de s’en prendre à son livre, mais aussi à sa voix.

Dorcy Rugamba ne parle pas d’un auteur qu’il ne connaîtrait qu’à travers la polémique. Il raconte l’avoir rencontré au festival du Livre sur la Place, à Nancy, avant de le retrouver aux Correspondances de Manosque. Les deux écrivains y étaient invités à échanger autour de leurs romans, Les Enfants gâtés de Butare et C’était ça ou mourir.

Dans sa tribune, Rugamba décrit le contraste entre l’accueil réservé à Orélien à Nancy et l’atmosphère qui entourait leur rencontre suivante. À ses yeux, l’auteur est devenu, en quelques jours, le réceptacle de peurs qui dépassent son livre : celles de l’IA, du changement rapide du monde et de la difficulté à distinguer une œuvre humaine d’un texte produit par une machine. 

Rugamba ne croit pas que C’était ça ou mourir ait été rédigé par une machine. Cette conviction personnelle ne constitue toutefois pas une preuve sur les conditions de création du roman.

Sur le plagiat, son propos est différent. « Les accusations de plagiat qui frappent Thélyson sont graves », écrit-il. Le dramaturge demande que les textes concernés et leurs auteurs soient reconnus et lus, plutôt que réduits à des pièces versées au débat sur les réseaux sociaux. Les mises en cause portent ici sur des publications antérieures au roman : les deux dossiers ne doivent donc pas être confondus.

Rugamba élargit enfin sa réflexion à la protection des œuvres. Il rapproche le respect dû aux auteurs plagiés de sa revendication pour la restitution des œuvres d’art africaines conservées dans des institutions occidentales. 

Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
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