(AfriquesPlus) - Le roman de Thélyson Orélien, qui figurait parmi les ouvrages remarqués de la rentrée littéraire française, a été retiré de la sélection du prix Goncourt après que plusieurs outils de détection d’intelligence artificielle ont conclu à une utilisation probable de l’IA. L’auteur conteste ces accusations, tandis que les experts soulignent les limites de ces technologies.
Le livre « C’était ça ou mourir », qui raconte le parcours d’un enseignant haïtien fuyant les gangs et traversant plusieurs pays avant de rejoindre le Canada, était l’un des succès de la rentrée littéraire en France. Publié chez Grasset, le roman s’est vendu à plus de 54 000 exemplaires en quelques semaines et avait reçu plusieurs distinctions.
Dans un article publié le 25 septembre 2026, les journalistes du New York Times Catherine Porter, Ségolène Le Stradic et Tiffany Hsu rapportent que le roman a été retiré de la sélection du prix Goncourt après une controverse déclenchée sur les réseaux sociaux par des tests de détection d’intelligence artificielle.
L’Académie Goncourt a annoncé vendredi le retrait du livre de sa sélection, invoquant des « analyses concordantes » réalisées par des chercheurs et des journalistes jugés crédibles. L’institution a estimé que le roman était « selon toute vraisemblance » en grande partie issu d’une intelligence artificielle et a affirmé vouloir envoyer un message clair sur son refus des textes générés par ces technologies.
Thélyson Orélien rejette ces accusations. Son éditeur français, Grasset, affirme qu’il a commencé à écrire le roman en 2017 et achevé une première version en 2019, soit plusieurs années avant la généralisation commerciale des outils d’IA générative. L’auteur a également déclaré lors d’une intervention sur France Inter n’avoir « rien à se reprocher ».
Des détecteurs aux conclusions contrastées
La controverse repose notamment sur les résultats de plusieurs outils spécialisés. Selon le New York Times, Pangram a estimé avec un niveau de confiance élevé que l’IA avait joué un rôle dans l’écriture des 34 chapitres du roman. GPTZero est arrivé à une conclusion similaire.
Max Spero, directeur général de Pangram, affirme que le taux de faux positifs de son outil pour les textes en français est de 0,0026 %. Il reconnaît toutefois qu’aucune étude indépendante ne permet de confirmer ce chiffre. Les spécialistes soulignent également que les outils de détection sont principalement entraînés sur des textes en anglais, ce qui limite la confiance que l’on peut accorder à leurs résultats lorsqu’ils analysent des œuvres en français.
Thierry Poibeau, chercheur français spécialiste de l’intelligence artificielle, estime ainsi qu’il est probable que l’IA ait été utilisée dans le livre, tout en soulignant qu’il reste difficile de l’affirmer avec certitude. Un autre outil, Winston, a livré des résultats moins tranchés, évaluant selon les passages une probabilité de texte humain comprise entre 12 % et 66 %.
La controverse s’est ensuite étendue aux précédents travaux de l’auteur. Radio-Canada a rapporté mardi que quatre textes d’opinion publiés par Thélyson Orélien en 2012 et 2013 présentaient des similitudes avec d’autres publications. La chaîne publique a également relevé des ressemblances entre des passages de sa nouvelle « Où va le monde », primée en 2012, et un ouvrage français publié en 1960. L’auteur n’a pas répondu aux demandes de commentaires du New York Times sur ces accusations, tandis que son éditeur québécois les a qualifiées de préoccupantes.
L’affaire intervient alors que le monde de l’édition cherche encore à définir les règles applicables à l’intelligence artificielle. Certains éditeurs envisagent désormais de garantir que leurs ouvrages ont été écrits sans recours à l’IA, tandis que d’autres considèrent qu’une interdiction générale serait difficile à appliquer à une technologie désormais intégrée aux pratiques de recherche et d’écriture.
Au-delà du cas de Thélyson Orélien, la polémique pose donc une question plus large sur la capacité des éditeurs, jurys littéraires et lecteurs à déterminer l’origine d’un texte à l’heure des outils génératifs. Pour plusieurs spécialistes cités par le New York Times, les détecteurs peuvent constituer des instruments d’analyse, mais leurs résultats ne permettent pas, à eux seuls, d'établir avec certitude qu'une œuvre a été produite par une intelligence artificielle.