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TotalEnergies rattrapé par la mort d'un sous-traitant britannique en Mozambique
Il supervisait la construction de logements pour le projet de GNL du groupe quand les insurgés ont frappé. Cinq ans plus tard, la famille de Philip Mawer, tué dans une embuscade, attend que la justice britannique éclaire les circonstances de sa mort
 

(AfriquesPlus) - Cinq ans après l'assaut, l'affaire revient devant la justice. Selon Alistair Gray et Sarah White, du Financial Times (20 septembre 2026), un coroner anglais doit examiner cette semaine, au tribunal de Winchester, la mort de Philip Mawer, un Britannique de 58 ans tué lors de l'attaque menée en mars 2021 par des insurgés islamistes dans le nord du Mozambique.

Mawer était directeur pays de RA International, sous-traitant basé aux Émirats arabes unis. Cette société avait été engagée par CCS-JV, le maître d'œuvre de TotalEnergies, pour construire des logements pour les ouvriers du projet de gaz naturel liquéfié (GNL) de 20 milliards de dollars. Lors de l'assaut, des dizaines de civils, dont Mawer, s'étaient réfugiés dans un hôtel, où ils sont restés assiégés pendant deux jours. Des hélicoptères ont évacué une partie du groupe avant d'être cloués au sol faute de carburant. Ceux qui restaient ont tenté de fuir en convoi et ont été pris en embuscade. Plusieurs personnes ont été tuées, dont Mawer, dont le véhicule a été touché par une roquette.

Selon le quotidien britannique, l'enquête ne vise pas TotalEnergies, mais le groupe est mis en cause. La famille affirme que Mawer avait alerté sur la sécurité dès septembre 2020. Elle soutient que les sous-traitants ont été priés de reprendre le travail début 2021 malgré la crainte d'une attaque, et que le groupe a protégé son propre site et évacué ses employés directs sans assurer celle des sous-traitants hors de son enceinte. Ses avocats ajoutent que Total aurait refusé de fournir le carburant aux hélicoptères.

TotalEnergies a refusé de commenter l'audience. Le groupe a déjà nié ces reproches, notamment après une plainte déposée en 2023 devant un tribunal français par sept rescapés ou proches de victimes. Des juges français enquêtent. Il affirme avoir évacué des centaines de sous-traitants et ses propres salariés, avoir réduit ses effectifs sur place début 2021 et n'avoir jamais été prévenu que des sous-traitants avaient du personnel hors du site. Sur le refus d'aider la société militaire privée Dyck Advisory Group, il assure avoir soutenu les opérations de secours du gouvernement mozambicain.

Le périmètre de l'audience est source de tension. La famille a demandé en janvier la récusation du coroner, Jason Pegg, pour partialité présumée, notamment en raison d'un lien passé avec le secteur de l'énergie. La demande a été rejetée, mais le coroner a accepté que Total et CCS-JV soient reconnus comme «personnes intéressées», ce qui leur donne un statut dans la procédure. Il devrait surtout examiner comment Mawer s'est retrouvé au volant du véhicule de fuite et quelles autres options d'évacuation existaient. Les alertes de sécurité avant l'attaque et le refus présumé de fournir du carburant ne devraient pas être au centre des débats.

Pour Alex Perry, ami de la famille et auteur de Blood Will Flow, les implications de ces procédures sont «difficiles à surestimer»: elles pourraient, dit-il, changer le comportement des multinationales à l'étranger. Le projet GNL, relancé cette année, doit entrer en production en 2029.

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