(AfriquesPlus) - Alors que les chefs d'État convergent cette semaine vers New York pour l'Assemblée générale des Nations unies, quatre d'entre eux publient une tribune commune. Dans le Financial Times du 20 septembre 2026, Luiz Inácio Lula da Silva (président du Brésil), António Costa (président du Conseil européen), William Ruto (président du Kenya) et Mark Carney (Premier ministre du Canada) dressent un constat : la planète est plus interdépendante que jamais, mais aussi plus fragmentée et plus polarisée.
Les quatre signataires citent des chiffres qui illustrent ce paradoxe. Le commerce mondial a atteint un record de 35 000 milliards de dollars l'an dernier, et six milliards de personnes, presque trois quarts de l'humanité, sont connectées à Internet. En parallèle, 2025 a compté 65 conflits armés entre États dans 35 pays, un plus haut depuis 1946. Les dépenses militaires mondiales ont culminé à 2 900 milliards de dollars.
Les auteurs reconnaissent que le système multilatéral, tel qu'il existe, peut être critiqué, et qu'un dispositif qui ne reflète pas les réalités actuelles ne survivra pas. Ils n'en tirent pas la conclusion de son échec. Climat, intelligence artificielle, pandémies, chocs financiers, conflits, blocages de passages maritimes comme le détroit d'Ormuz: aucun pays, même puissant, ne peut y répondre seul.
C'est pourquoi les quatre dirigeants présentent «Partners for Multilateralism» (P4M). Selon eux, il ne s'agit ni d'un nouveau bloc ni d'une bureaucratie de plus. Ils décrivent un cadre souple et ouvert aux pays de régions et de traditions politiques différentes. Il doit soutenir la réforme de l'ONU et des autres institutions pour les rendre plus représentatives et plus efficaces, renforcer les liens entre organisations régionales et faire avancer la gouvernance économique mondiale. Il vise aussi des approches communes sur l'IA, le climat, la santé et le numérique.
Ils affirment que ce cadre repose sur les principes de la Charte de l'ONU qu'ils jugent non négociables: égalité souveraine, intégrité territoriale, règlement pacifique des différends, interdiction du recours à la force, droit humanitaire, développement durable et droits humains.
Citant le secrétaire général António Guterres, pour qui «les superpuissances découvrent leurs limites», les signataires plaident pour un retour à l'action collective. Ils estiment que la compétition n'a pas à devenir affrontement et que la souveraineté se renforce par la coopération. Le vrai choix, écrivent-ils, n'oppose pas l'ordre de l'après-guerre à son abandon, mais le renouvellement de la coopération à la domination des rapports de force. Ils appellent les autres dirigeants à choisir «la coopération plutôt que la fragmentation, le droit plutôt que la puissance».