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Afrique du Sud, la longue attente de justice pour les survivants de Sharpeville
Soixante-cinq ans après le massacre, une loi d'immunité continue de priver les rescapés et les familles des victimes de toute réparation
 
  • https://www.youtube.com/watch?v=Sv-frYhnFR0

(AfriquesPlus) - À Sharpeville, township situé au sud de Johannesburg, la mémoire du 21 mars 1960 reste une plaie ouverte. Ce jour-là, la police du régime de l'apartheid avait ouvert le feu sur des manifestants pacifiques réunis pour dénoncer les laissez-passer imposés aux populations noires afin de restreindre leur liberté de circulation. Selon un reportage de TV5 Monde signé Pierre Leduff et Julie Palanc, les habitants du township ont récemment rejoué la scène du massacre, accompagnés de chants issus du répertoire de la lutte anti-apartheid, dans une reconstitution qui a ravivé une douleur transmise de génération en génération. « Nous aussi on a grandi sans grands-parents », confie l'un des participants à cette mise en scène.

Un parc commémoratif, baptisé l'enceinte des droits de l'homme, honore aujourd'hui la mémoire des disparus à travers 69 piliers, un pour chaque vie perdue selon le bilan officiel de l'époque. Abraham, blessé par balle à 20 ans lors de la manifestation, porte toujours une balle logée dans sa colonne vertébrale. D'après TV5 Monde, les survivants rappellent la promesse faite par Nelson Mandela, à sa sortie de prison, d'une indemnisation de 120 000 rands pour les personnes touchées par le drame. Un engagement resté lettre morte.

En cause, l'Indemnity Act de 1961, une loi adoptée un an après le massacre pour protéger l'État et les forces de police de toute poursuite. Sur les quelque 258 demandes de réparation déposées après les faits, seul un tiers avait alors donné lieu à des versements discrétionnaires, représentant moins de 4 % des sommes réclamées. Plus tard, la Commission vérité et réconciliation n'a formellement reconnu que 51 survivants de Sharpeville comme bénéficiaires de réparations.

Le 3 septembre 2026, représentés par l'ONG Lawyers for Human Rights, des survivants et proches de victimes ont franchi une nouvelle étape en déposant un recours devant la Haute Cour pour faire abroger cette loi d'immunité, qu'ils jugent inconstitutionnelle. Trois habitants de Sharpeville, Abram Mofokeng, Paulina Mathinye et Ishmael Poho, agissent comme représentants d'un groupe plus large, plus de 70 survivants et proches ayant déjà manifesté leur soutien à la démarche. L'avocate Charne Tracey espère que cette action contraindra le gouvernement, resté silencieux jusqu'ici, à ouvrir des négociations avec les familles. Comme le souligne le reportage de TV5 Monde, une grande partie des manifestants avaient été abattus dans le dos alors qu'ils fuyaient, la police ayant tiré environ 1 300 balles sur la foule ce jour-là.

Cette bataille judiciaire s'inscrit dans un mouvement plus large de révision des crimes impunis de l'apartheid, qui touche aussi les dossiers Steve Biko, les Cradock Four ou encore Albert Luthuli, alors que l'Afrique du Sud continue de solder, plus de trois décennies après la fin du régime ségrégationniste, les comptes de son passé.

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