(AfriquesPlus) - Le 17 décembre 1952, Ruben Um Nyobè, secrétaire général de l'Union des populations du Cameroun (UPC), se présente devant la Quatrième Commission de l'Assemblée générale des Nations unies. Sa venue avait suscité une controverse préalable : l'Assemblée territoriale du Cameroun avait adopté, le 24 octobre précédent, une motion contestant sa légitimité à représenter le pays. Selon les Nations unies, dont Jeune Afrique diffuse la retranscription vidéo, Um Nyobè avait répondu point par point à ces objections, énumérant les organisations qui l'avaient mandaté, du syndicat confédéré camerounais à l'association des étudiants camerounais de France, en passant par le mouvement nationaliste du Cameroun britannique.
Devant la commission, le dirigeant de l'UPC avait dénoncé une assemblée territoriale « inexistante politiquement », selon lui, faute de pouvoirs réels et de représentativité incontestée, plusieurs de ses élections ayant été invalidées. Il avait également rappelé qu'une réunion publique organisée à Douala en amont de son départ avait été dissoute par les autorités administratives, avant de citer un article de Paris Match corroborant que son voyage à New York avait été financé par souscription populaire, et non par les autorités coloniales.
Son intervention s'articulait autour de trois axes. D'abord, la réunification des deux Cameroun, français et britannique, séparés depuis 1916 par un arrangement entre puissances coloniales qu'il qualifiait d'artificiel, réfutant les arguments de Paris selon lesquels les deux territoires ne partageraient ni origine, ni tradition, ni intérêts communs. Ensuite, la nature des relations entre le Cameroun et l'Union française, qu'il jugeait juridiquement non fondées en l'absence d'un gouvernement et d'un parlement camerounais habilités à négocier un tel accord, sur 624 députés à l'Assemblée nationale française, le territoire n'en comptait que trois.
Um Nyobè avait conclu son intervention par une série de demandes précises : la réunification immédiate du territoire, la mise en place d'un conseil de gouvernement et d'une assemblée dotée de pouvoirs législatifs, et la révision de l'accord de tutelle pour en retirer la clause permettant d'administrer le Cameroun comme partie intégrante du territoire français. Il avait mis en garde contre le risque de voir cette clause exposer les militants indépendantistes à des poursuites pénales, en vertu d'un article du Code pénal français réprimant toute atteinte à l'intégrité du territoire national.
Le dirigeant nationaliste sera assassiné le 13 septembre 1958 dans le maquis bassa, près de Boumnyébel, département de la Sanaga-Maritime, deux ans avant l'indépendance du Cameroun.