(AfriquesPlus) - Alors que les missions de maintien de la paix de l’ONU sont en recul, l’Union africaine (UA) et les organisations régionales africaines prennent une place croissante dans la gestion des conflits sur le continent. Dans une analyse publiée ce 15 septembre 2026 par Evening Report, à partir d’un article de The Conversation-Africa, les chercheurs examinent les enseignements de 186 articles scientifiques publiés entre 2000 et 2026 sur les interventions africaines en matière de paix et de sécurité.
L’étude montre que l’UA a profondément rompu avec la prudence de l’ancienne Organisation de l’unité africaine (OUA). Depuis sa création en 2002, elle a déployé, avec les organisations régionales, au moins 28 opérations dans différents contextes de crise. Cette évolution repose sur le principe selon lequel la souveraineté des États ne doit pas empêcher une intervention face aux génocides, crimes de guerre ou crimes contre l’humanité.
Les chercheurs soulignent que ces interventions bénéficient souvent d’une légitimité particulière auprès des populations et des acteurs locaux, parce qu’elles sont perçues comme des réponses africaines aux problèmes africains. Dans certains cas, notamment au Burundi et aux Comores, les opérations africaines auraient contribué à contenir les violences et à favoriser une stabilisation politique. En Somalie, l’intervention de l’UA illustre toutefois une conception plus offensive du maintien de la paix, combinant lutte contre les groupes armés et soutien à la construction de l’État.
Cette montée en puissance reste néanmoins confrontée à une faiblesse majeure : la dépendance financière à l’égard des partenaires internationaux, notamment l’Union européenne et l’ONU. Les chercheurs estiment toutefois que cette dépendance ne signifie pas nécessairement une absence d’autonomie africaine. Les acteurs du continent peuvent négocier l’utilisation de ces ressources et les orienter vers leurs propres priorités.
L’étude relève également des difficultés de coordination entre l’UA et les organisations sous-régionales, des ressources insuffisantes et une application inégale des normes, notamment face aux coups d’État. Elle insiste enfin sur un autre critère essentiel : la légitimité ne dépend pas seulement des décisions des gouvernements ou des institutions internationales. Les populations concernées jugent surtout les interventions à leurs résultats concrets en matière de sécurité et de stabilité.
Les auteurs concluent que l’avenir du maintien de la paix en Afrique pourrait reposer sur un modèle hybride associant acteurs africains et partenaires internationaux. Pour renforcer son efficacité, l’UA devra toutefois accroître son autonomie financière, améliorer la coordination régionale et surtout renforcer l’appropriation locale des opérations.