(AfriquesPlus) - Uber versait à ses chauffeurs nigérians des montants supérieurs à ce qu'il facturait aux passagers sur certaines courses courtes, une subvention non viable qui aurait largement contribué au retrait soudain du géant américain du VTC ce mois-ci, selon un rapport fondé sur des milliers de trajets et relayé par Semafor dans un article d'Alexander Onukwue, journaliste basé au Nigeria, publié le 14 septembre 2026. L'entreprise a quitté le Nigeria et l'Ouganda le 2 septembre, le même jour où elle annonçait une restructuration mondiale supprimant 10 % de ses effectifs. Elle reste présente dans quatre pays africains, dont l'Afrique du Sud et le Kenya.
D'après le rapport d'Obi, société californienne d'agrégation de données tarifaires citée par Semafor, Uber n'avait pas réussi, après douze ans de présence dans le pays, à constituer une base de passagers actifs suffisamment large, tandis que l'inflation et la dépréciation de la monnaie rendaient la clientèle de plus en plus sensible aux prix. Sa directrice générale, Ashwini Anburajan, résume la situation en des termes traduits de Semafor, expliquant que la rémunération des chauffeurs devait être subventionnée pour qu'ils acceptent de rouler, et qu'il n'y avait « aucun moyen pour Uber de se sortir de cette spirale ».
Selon les données de sa société, sur les trajets de moins de 20 kilomètres, Uber payait parfois ses chauffeurs jusqu'à 23 % de plus que ce qui était facturé aux passagers, un schéma que ses concurrents locaux, comme InDrive, n'ont pas adopté.
Le rapport, basé sur plus de 20 000 courses réalisées par plus de 300 chauffeurs sur les sept premiers mois de 2026, montre qu'un chauffeur Uber nigérian moyen effectuait 130 courses sur cette période, soit à peine un dixième du volume réalisé par ses homologues sud-africains, tout en conservant une part plus importante du tarif payé par le passager. Semafor rappelle que Bolt, qui a également investi les tricycles-taxis hors de Lagos, détenait 60 % du marché nigérian au moment du retrait d'Uber, et comptait 3,3 millions d'utilisateurs actifs en décembre dernier, contre un sixième de ce chiffre pour Uber, selon le cabinet Sensor Tower.
L'article évoque également des lectures divergentes de cet échec, certaines analyses reprochant à Uber d'avoir réduit unilatéralement les tarifs, poussant les chauffeurs vers la concurrence, d'autres y voyant un recentrage stratégique du groupe vers les taxis autonomes, à l'image du déploiement de 15 robotaxis à Londres évoqué par Semafor. Pour Onyeka Aralu, chercheur en droit de la concurrence cité dans l'article, l'expérience nigériane d'Uber montre, selon des propos traduits, que la domination des géants technologiques américains sur chaque marché qu'ils investissent n'a rien d'inévitable.