(AfriquesPlus) - Manuels scolaires, presse illustrée, exposition universelle... Plusieurs décennies durant, un discours minutieusement construit a présenté la domination coloniale française comme une œuvre de civilisation et de prospérité partagée. Un nouvel épisode de vulgarisation historique revient sur les rouages de cette fabrication, archives à l'appui.
C'est l'émission « Défrichage », diffusée sur la chaîne Histoires Crépues et animée par Seumboy et Reha, qui s'est penchée sur la question, en partenariat éditorial avec Retronews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France. Selon les animateurs, l'idée selon laquelle la colonisation aurait produit des « bienfaits » ne relève pas d'un simple débat historique mais d'une construction idéologique, élaborée par l'État et les milieux industriels de l'époque pour légitimer l'expansion impériale.
Le point de départ de cette démonstration remonte au discours prononcé par Jules Ferry devant l'Assemblée nationale le 28 juillet 1885, dans lequel l'homme politique affirme que les « races supérieures » auraient un devoir de civiliser les « races inférieures », provoquant sur le moment de vives protestations à l'extrême gauche de l'hémicycle. Ce discours fondateur de la « mission civilisatrice » a ensuite irrigué l'enseignement primaire : un manuel scolaire de 1911, cité par les animateurs, définit les colonies comme des territoires appartenant aux « peuples de race blanche » chargés d'en exploiter rationnellement les ressources — café, thé, riz, coton ou bananes — au bénéfice de la métropole.
L'émission s'appuie également sur des unes de la presse coloniale illustrée des années 1929-1932, où des photographies mettent en scène des colons supervisant des chantiers ou des religieuses présentées en figures charitables face à des populations africaines réduites au silence visuel. Le tourisme colonial, présenté dès 1930 comme un outil de rentabilité économique et de propagande selon un texte d'époque relayé par Retronews, est identifié comme la matrice de l'imagerie exotique encore mobilisée aujourd'hui.
Les animateurs reviennent enfin sur l'Exposition coloniale de 1931 à Paris, qui avait attiré plus de huit millions de visiteurs, et rappellent que le journal communiste L'Humanité comptait, dès 1929, parmi les rares titres à dénoncer ouvertement le travail forcé et les pillages dans les colonies.